Bethoncourt carte

Ses convictions auront été plus fortes que les efforts mis en place pour la ramener dans le droit chemin. Une adolescente de 15 ans, connue et suivie pour ses penchants radicaux, a réussi à déjouer la surveillance dont elle faisait l'objet pour aller faire le djihad.

Les parents de la jeune fille, vivant dans la petite ville de Bethoncourt, dans la banlieue de Montbéliard dans le Doubs, avaient été prévenus de la dérive de leur fille, prénommée Soukaïna, par les services secrets français. Elle passait beaucoup de temps sur Internet, et est vraisemblablement entrée «en contact avec des réseaux [djihadistes], qui ont pu la conseiller et l'encourager dans son projet de fugue», explique le préfet du département. L'adolescente exprimait alors sans détour son envie de partir pour la Syrie.

Un plan pour tromper tout le monde

Informés, les parents se saisissent des papiers d'identité de leur fille, qu'ils conservent avec eux, et demandent que lui soit appliquée «une interdiction de sortie du territoire français». Interdiction mise en place par les services de la préfecture du Doubs. «Le juge des enfants a été saisi et a confié très rapidement des mesures éducatives à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ)», explique la procureur de Montbéliard, Thérèse Brunisso. Un éducateur rencontrait régulièrement la jeune fille, «en quête d'identité et à la recherche de reconnaissance», qui «constituait une proie facile», selon la procureur. L'objectif était de l'accompagner et d'empêcher son départ vers l'étranger. L'adolescente fait alors mine de renoncer à son projet.

Peine perdue. Le vendredi 10 octobre, Soukaïna annonce à ses parents qu'elle se contentera de manger un sandwich à midi, n'ayant que peu de temps pour déjeuner entre ses cours au lycée professionnel de Montbéliard. Elle leur explique qu'elle a ensuite prévu de passer la soirée chez une amie. Elle n'a, en réalité, jamais mis les pieds dans l'établissement scolaire ce jour-là. Le temps que ses parents s'en aperçoivent, elle est déjà partie, sous une fausse identité, faute de papiers d'identité. «Elle s'est organisée pour pouvoir avoir 24 heures d'avance sur nous», explique la procureure de Montbéliard. «Elle a réussi à déjouer toutes les mesures mises en place: elle a mis tous les dispositifs en échec, car elle était très déterminée à partir.» On découvre que l'adolescente a séché une autre journée de cours dans la semaine pour aller s'acheter une valise et se rendre sur Internet depuis un cyber-café.

Près de la frontière syrienne

Samedi 11, l'adolescente est croisée en Turquie par des journalistes français, qui préviennent sa famille. L'information est jugée «crédible» et l'adolescente «susceptible de se trouver à proximité de la frontière syrienne» selon la procureur, mais, précise-t-elle, «nous devons tenter une coopération policière avec les autorités turques pour en avoir confirmation». La justice s'interroge sur les complicités dont elle a pu bénéficier, par quel vol elle est parvenue en Turquie et sous quelle identité.

Une enquête pour «disparition inquiétante d'une mineure en danger» a été ouverte et confiée au groupement de gendarmerie du Doubs pour essayer de la retrouver.

Le 17/10/2014