Police coupe-vent

À l'occasion de la journée internationale des migrants, plusieurs associations vont défiler jeudi en solidarité avec les clandestins. Une contre-manifestation des riverains a été interdite par la préfecture.

Déjà saturée de problèmes de sécurité liés à l'immigration clandestine massive, Calais se prépare jeudi à une affluence de manifestants et à de possibles débordements, sur fond d'arbitrages préfectoraux «scandaleux», jugent des habitants de la ville portuaire. Alors que l'association Emmaüs est libre de manifester ce jour-là, à l'occasion de la journée internationale des migrants, pour soutenir les réfugiés et dénoncer leurs conditions de vie et d'accueil en France, la préfecture du Pas-de-Calais a interdit une «contre-manifestation» des riverains, le même jour, visant à «dénoncer les conséquences de l'afflux migratoire sur les calaisiens».

Ces riverains en colère comptaient faire entendre leur voix, notamment sur «l'insécurité publique» qui règne dans la ville depuis des mois, avec la présence de 2500 à 3000 migrants, malgré des renforts réguliers des forces de l'ordre. Il y a seulement quelques jours, en plus des compagnies de CRS et brigades mobiles de gendarmerie, une patrouille de la BAC est arrivée, confirme la préfecture, pour sécuriser le centre ville«les délits et les plaintes sont en augmentation». «Trois hommes en civil, 24 h sur 24, 7 jours sur 7, pour une durée indéterminée», précise une source locale.

«Mur de la honte»

Les contre-manifestants, qui annonçaient un nombre modeste de participants (200) dans leur déclaration à la préfecture, ont beau avoir viser un rassemblement à d'autres horaires que le mouvement associatif, une fin de non recevoir leur a été opppar résolution adoptée par l'Assemblée Générale des Nations-Uniesosée mercredi par les autorités. Outre que ce rassemblement «peut être perçu comme une provocation» en cette journée internationale des migrants " par résolution adoptée par l'Assemblée Générale des Nations-Unies", justifie le préfet Denis Robin, «les conditions de sécurité ne sont pas réunies» pour encadrer deux manifestations concomitantes, «en particulier un jour de fort trafic local», précise un fonctionnaire. En effet, les mercredi et jeudi voient affluer un grand nombre de poids lourds dans le Calaisis, créant des kilomètres de ralentissements qui sont autant d'occasions pour les migrants de les prendre d'assaut pour traverser la Manche.

Emmaüs, qui a appelé 90 autres associations à se mobiliser à ses côtés, attend quant à elle entre 700 et 1000 personnes pour défiler dans les rues du centre-ville jusqu'aux abords du port, où tentent chaque jour d'embarquer les migrants de Calais pour l'Angleterre. Emmaüs national mais aussi international, la Cimade, Médecins du monde ou encore le Secours Catholique entendent particulièrement dénoncer «le mur de la honte», ces clôtures barbelées en train de s'ériger tout autour de la zone portuaire pour empêcher les intrusions massives des migrants. Quinze millions d'euros, après un accord franco-britannique, ont été alloués par les autorités anglaises pour sécuriser le port de Calais.

«Sangatte à ciel ouvert»

Les manifestants, accompagnés de Guy Bedos et Rokhaya Diallo, à qui seront symboliquement remis un «passeport de citoyenneté universelle», feront des «prises de parole» sur le parcours pour «s'indigner de la situation» mais aussi «inciter à la réflexion sur une nouvelle politique migratoire». «Nous croyons que la politique sécuritaire crée de l'insécurité, explique Thierry Kuhn, président d'Emmaüs France. C'est pourquoi nous plaidons pour la réorientation des budgets sécuritaires vers une vraie politique sociale d'accueil». La fondation de l'abbé Pierre défend ainsi depuis longtemps les «maisons de migrants», des infrastructures d'accueil de jour et de nuit «à taille humaine, d'une dizaine de personnes», comme à Saint-Omer, pour éviter «un Sangatte à ciel ouvert», ce qu' «est en train de devenir la situation à Calais», redoute Thierry Kuhn. Autre vertu de ces maisons, selon lui, «les accueillis deviennent ensuite des accueillants, des acteurs de solidarité eux-mêmes».

Depuis octobre, Emmaüs, qui a des bénévoles locaux à Calais pour la distribution des repas, a lancé un mouvement national en envoyant chaque semaine des camions de la communauté, chargés de vêtements, couvertures et produits d'hygiène. «Nous devons leur venir en aide d'un point de vue humanitaire, souligne Jean Rousseau, président d'Emmaüs International. Mais ce n'est pas suffisant. Des vagues de réfugiés vont encore venir en France. On ne peut pas traiter ce problème par la seule lunette française mais par l'Europe et, qui plus est, toute entière. Ce n'est pas seulement aux pays du sud à supporter la charge de l'immigration venue du sud mais à l'ensemble de l'Europe».

Dans quelques jours, le centre d'accueil de jour Jules Ferry, décidé par le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, sera inauguré par le préfet de région. Il devrait accueillir 350 à 400 migrants. Face au froid hivernal, le préfeta ouvert il y a quelques semaines un hangar pour les accueillir la nuit. Selon nos informations, le ministre de l'Intérieur pourrait venir à Calais le 24 décembre.

Par Delphine de Mallevoüe le 18/12/2014

Le Figaro