Chauprade et MMLP

Marion Maréchal-Le Pen et Aymeric Chauprade s'expriment à l'attention du monde arabe, dans une tribune publiée par un journal égyptien.

«Aux portes du pouvoir, le Front National s'adresse aux amis arabes…» Dans une tribune, qui sera publiée mardi en langue arabe dans le quotidien égyptien Al Akhbar Al Yawm (Les Nouvelles d'Aujourd'hui) et dont Le Figaro a pris connaissance en exclusivité, deux responsables du Front National, Marion Maréchal-Le Pen et Aymeric Chauprade, s'expriment à l'attention du monde arabe et exposent leur position sur le conflit israélo-palestinien.

Dans ce texte, la députée du Vaucluse et l'eurodéputé, conseiller de Marine Le Pen sur les questions internationales, affirment que l'arrivée aux affaires du Front National, «premier parti de France»,«marquera une véritable rupture avec la politique étrangère menée depuis plusieurs décennies par les gouvernements français».

Les auteurs affirment que le FN a, «depuis toujours», dénoncé l'alignement «systématique» de la France sur les États-Unis et s'est opposé aux «ingérences illégitimes» en Irak, en Afghanistan, en Syrie et en Libye. Ils se positionnent aussi comme les partisans du «respect des souverainetés nationales» et de «l'équilibre» dans un monde multipolaire.

Constatant l'impasse d'une «guerre sans merci» entre Israéliens et Palestiniens, Aymeric Chauprade et Marion Maréchal-Le Pen prennent soin de ménager les deux parties en soulignant les vaines tentatives de solutions internationales. Aux vies perdues palestiniennes, ils opposent «les larmes et le sang» israéliens. «Israël gagne chaque année de la terre et les Palestiniens des hommes», constatent-ils avant de s'interroger sur l'efficacité du rôle la France dans un tel contexte, entre «le Hamas et les faucons israéliens», d'une part «le Fatah et les modérés israéliens», de l'autre. «Que peut finalement la France, elle qui croit en l'équilibre et la justice depuis toujours, elle qui aime à la fois les Arabes et les Juifs?», poursuivent-ils, en critiquant l'arrogance des Européens «à vouloir décréter par le vote une solution à la guerre israélo-palestinienne» et en estimant que la paix «ne s'impose jamais». Personne «ne peut dessiner l'avenir du Proche Orient à la place des Palestiniens, des Israéliens, des Égyptiens», affirment-ils.

Dans une seconde partie, Aymeric Chauprade et Marion Maréchal Le Pen énumèrent les concessions qu'ils attendent de part et d'autre pour qu'Israël et la Palestine puissent «vivre à côté». Selon eux, la paix doit s'appuyer, notamment, sur le droit d'exister dans la sécurité de l'État hébreu et sur l'acceptation de l'histoire de la Terre sainte qui est «de manière sacrée juive, chrétienne, musulmane». Mais ils précisent également que «personne ne peut raisonnablement soutenir cela tant que le Hamas apparaît chez les Palestiniens comme la force dominante, qui n'a qu'un seul but, éradiquer «l'entité sioniste» d'une carte purement islamique dont elle rêve pour le Proche-Orient

«Langage de vérité»

Les deux élus FN promettent leur «soutien pour une discussion sincère» ainsi qu'un «langage de vérité» tenu aux deux parties en cas d'accession du FN au pouvoir, «en dehors de toute considération communautariste et donc clientéliste en France». Ils évoquent la reconnaissance, par Israël, d'un droit palestinien à disposer d'un état «territorialement cohérent». De leur côté, les Palestiniens devraient «éliminer les forces bellicistes et terroristes comme le Hamas», renoncer au retour d'une partie des réfugiés au nom d'un «réalisme démographique» et devenir un «état national arabe-palestinien laïque (musulman et chrétien)».

Selon Nader Allouche, journaliste franco-libanais indépendant et cheville ouvrière du projet, cette tribune a été initiée il y a trois mois et le thème en a été défini à la suite d'une réunion de prépublication à laquelle ont participé divers «intellectuels» et «journalistes» arabes, en accord avec les auteurs. Allouche explique avoir choisi ce quotidien égyptien en raison de l'importance de sa diffusion (1 million de lecteurs en Égypte, 2 millions dans le monde arabe et 2,5 millions dans le monde) et du poids politique de l'Égypte. En 2012, il avait déjà réalisé un entretien avec Marine Le Pen pour la chaîne privée syrienne Sama TV (proche du régime de Bachar al-Assad), présentée comme la première interview d'un responsable politique occidental diffusée à la télévision syrienne depuis le début de la guerre civile en Syrie. Suite à un conflit d'ordre «éthique» lié aux conditions de diffusion d'une deuxième interview exclusive de François Bayrou (MoDem) sur Sama TV en 2013, Nader Allouche affirme avoir cessé toute collaboration avec cette chaîne syrienne depuis cette date.

Par Emmanuel Galiero le 04/01/2014

Le Figaro