Elections Montbéliard 2015

Un Moscovici vous manque, et tout est dépeuplé. Le premier tour des législatives d'hier a confirmé une fois de plus, s'il en était besoin, le vieil adage: dans le Doubs, abstiens-toi.

Plus sérieusement: regardons les chiffres enfin réels, c'est-à-dire éloignés de la pesante et brouillée mélasse des sondages. L'esprit Charlie tant évoqué par le pouvoir, n'a visiblement pas atteint le fief de Peugeot, et l'une des places fortes, hélas, du chômage actuel. Les princes qui nous gouvernent invoquèrent sur tous les tons, sur tous les temps, la marche du 11 janvier, l'unité nationale et la mobilisation générale. Certes, des millions de Français descendirent dans la rue pour protester contre les assassins intégristes ; mais faute de cap, de mots d'ordre et de ligne clairement classée, ils sont allés ensuite se recoucher. En attendant mieux.

Le diable, dit-on, se cache dans les détails. Le PS, miraculé, se frotte les yeux: il a survécu. Mais il était à 40,81% au premier tour des législatives de 2012 ; il a donc perdu 13 points qui ont l'air d'être passés directement au Front National. En apparence seulement: les voies des urnes sont encore, heureusement, impénétrables. Quant à l'UMP dont le candidat partait favori selon les divins sondages, ses réflexions sur «les blonds qui m'emmerdent beaucoup plus que les immigrés» n'ont visiblement rien fait pour ajouter à sa gloire. Du coup, les sarkozystes soulignent allègrement que Charles Demouge, l'éliminé, avait obtenu l'appui public de Juppé et refusé la présence de Sarkozy dans ses meetings. Ambiance à l'UMP qui fait tout ce qu'elle peut, en ce moment, pour ressembler à un couteau sans lame auquel il manque le manche.

Surtout que, force est de le reconnaître, l'UMP ne se porte pas si mal que cela: il y eut deux résultats hier beaucoup moins commentés par les médias: l'élection de Laurent Marcangeli à la mairie d'Ajaccio avec 69% des voix et celle du maire de Louveciennes réélu au premier tour.

Au-delà de ces premiers résultats de l'an 2015, apparaît d'éclatante façon le désamour croissant des Français pour leurs représentants, le silence de plus en plus fracturé d'une majorité qui ne sait plus à quelle France se vouer, le ras-le-bol de millions de citoyens qui se sentent abandonnés et laissés pour compte et qui, partant, se dirigent vers l'offre politique qu'ils ne connaissent pas encore, à savoir le Front National. Celui-ci surfe évidemment sur l'absence de perspective et sa capacité à mettre, qu'on le déplore ou qu'on s'en réjouisse, des mots, bons ou mauvais, sur les maux. Quant au front républicain, cette aimable farce ne fait même plus rire ceux qui l'ont inventé. Car de deux choses l'une: ou les partisans dudit front considèrent le FN comme un parti factieux et se doivent donc de batailler pour son interdiction ; ou alors, qu'ils arrêtent les frais et pensent à de plus sérieuses stratégies.

En tout état de cause et eu égard à la décomposition ambiante, le droit de vote ne doit-il pas devenir un devoir? Se bouger vers les urnes une ou deux fois tous les cinq ans, ne nous paraît pas encore hors de portée. Sinon, que personne n'aille pleurer ensuite sur les conséquences.

Par André Bercoff le 02/02/2015

Le Figaro