Marine 1er mai 2013

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma     connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Boulevard Voltaire

Par Dominique Jamet le 03/02/2015

Il est des batailles dont l’issue ne fait pas débat : Austerlitz, Waterloo, Iéna ou Trafalgar. Et d’autres qui ne laissent derrière elles ni vainqueurs ni vaincus, rien que « le camp couvert de morts sur qui tombait la nuit ».

Le résultat du premier tour de l’élection partielle de la 4e circonscription du Doubs a d’ores et déjà été salué comme une grande victoire dans le Landerneau socialiste. Dame, après avoir perdu depuis mai 2012 douze partielles sur treize et avoir été éliminé six fois au premier tour (une humiliation à laquelle il commençait à se résigner), le PS a vu son candidat se qualifier, avec une chance réelle de l’emporter dimanche prochain. Divine surprise ! Et la rue de Solférino, la rue de Varenne, la rue du Faubourg-Saint-Honoré de pavoiser, d’allumer les lampions des soirs de fête et de saluer l’effet 11 janvier et le retour en grâce du couple exécutif. Étrange succès ! On verra bien ce qu’il reste de la popularité de François Hollande et de Manuel Valls lors des départementales de fin mars et des régionales de décembre. Mais, surtout, la performance de M. Frédéric Barbier doit être plus que relativisée : avec 7.416 voix, 28 % des suffrages exprimés, le PS perd la bagatelle de douze points et de dix mille voix par rapport au premier tour de juin 2012. De plus, le report attendu des 8 % qui se sont dispersées entre les quatre candidats de la gauche plurielle ne suffira pas à assurer l’élection de son candidat. Celui-ci a impérativement besoin du report d’au moins la moitié des suffrages qui se sont portés sur M. Charles Demouge, le candidat de l’UMP, l’homme qui préfère les bruns…

L’UMP, parlons-en ! On allait voir ce que l’on allait voir. Les ténors de la rue de Vaugirard qui étaient venus soutenir M. Demouge affichaient un optimisme d’airain. Leur parti avait remporté douze des treize dernières partielles avant même que l’ancien président de la République fût venu remettre de l’ordre dans la maison. Cette fois, on allait pouvoir prendre la mesure de l’effet Sarkozy et se gonfler la vague bleue qui va emporter les départements, les régions puis l’Élysée. On a vu. Certes, M. Demouge, à 26 %, progresse de trois points par rapport à sa précédente candidature, mais, perdant deux mille cinq cents voix, et n’atteignant pas le seuil fatidique des 12,5 % d’inscrits, il est balayé sans gloire et sans appel dès le premier tour.

Du coup, voici l’UMP clairement déchue de son rang de « premier parti d’opposition » réduite à n’avoir le choix qu’entre de mauvaises solutions. Au lieu d’affronter et de battre le PS avec l’appoint des voix du FN ou le FN grâce au désistement du PS, le grand mouvement unitaire de MM. Sarkozy, Juppé, Fillon, Wauquiez, Guaino, Bertrand et de Mme Kosciusko-Morizet se déchire, écartelé qu’il est entre l’adhésion « morale » au front républicain préconisée par les uns, au risque d’illustrer la connivence et la complicité de prétendus adversaires, et de préfigurer l’UMPS et le « ni-ni » qui est un aveu d’impuissance et de défaite. Sans compter que les électeurs de M. Demouge ont leur mot à dire et que, si l’on en croit tous les derniers sondages d’opinion, une bonne moitié d’entre eux sont bien décidés à franchir le seuil interdit qui les sépare du FN. Il n’y a plus de cloisons étanches, mon pauvre monsieur ! Porte-voix et complice objectif du PS ou réservoir où viendra puiser Marine Le Pen, voilà qui augure mal de la suite pour le parti et l’avenir de M. Sarkozy.

Mme Sophie Montel apparaît, du coup, comme la grande gagnante du scrutin. De fait, elle peut espérer, en fonction de ses résultats et de ceux de ses concurrents, être le troisième représentant du Front National à forcer en dépit de l’ostracisme persistant de la « caste » l’entrée du palais Bourbon. Marine Le Pen a décidément le vent en poupe. On observera néanmoins que les 32,6 % qu’a obtenus sa candidate, s’ils correspondent à huit points gagnés depuis les législatives de 2012, ne l’empêchent pas de perdre, elle aussi, quelques voix – mille deux cents – et sont en retrait par rapport aux 36 % qu’elle avait obtenues aux européennes. On ne saurait donc parler de raz-de-marée, et le succès éventuel de Mme Montel est entre les mains des électeurs du parti dont le Front veut clairement la mort.

Elle peut cependant, et son parti avec elle, se faire du souci. Non seulement parce que la montée du Front durcit le langage et les positions de ses adversaires, comme on peut le constater tous les jours, et risque de déboucher sur la grande coalition qui est leur dernière planche de salut. Mais surtout parce que ne cesse de planer et de s’étendre sur le paysage politique français, à la lumière de ce qui se passe dans d’autres pays, l’ombre de ce grand parti massivement majoritaire qu’est celui des abstentionnistes, dont le comportement n’est pas forcément synonyme de désintérêt ou d’incivisme, mais signifie seulement qu’ils ne sont pas satisfaits de l’offre et des choix que leur propose le grand marché de la politique et qu’ils sont disponibles pour le grand changement qu’ils veulent ardemment, mais qu’ils ne voient passer par aucun des partis qui se disputent leur clientèle.