Prière de rue Paris

Tribune libre de Pierre Roland Tranchat, délégué régional du SIEL en Languedoc-Roussillon, conseiller municipal de La Grande Motte, Avocat honoraire du 08/02/2015

Peut on espérer un « Islam local républicain » ? Cet « Islam républicain » est il de nature à permettre à tous les citoyens de vivre en harmonie, dans la paix civile et la concorde ?

C’est l’essence même de l’Islam de construire, dès ce monde, la soumission des croyants à l’ordre divin, le « Dar al Islam », la maison de l’Islam.

La distinction entre le temporel et le spirituel est contraire à l’Islam. De ce fait , un musulman pratiquant ou simplement attaché à sa culture musulmane d’origine, ne peut que rencontrer des difficultés d’intégration à notre société laïque même s’il détient , souvent sans l’avoir demandé, un passeport français.

Dire cela, ce n’est pas faire preuve d’aversion ou de haine envers les musulmans. C’est au contraire leur dire que nous comprenons la nécessité pour eux d’obéir au Prophète. Mahomet a déclaré : « on demanda à l’envoyé d’Allah quel était l’homme le plus méritant. Il répondit ; c’est le musulman qui pratique le djihad »(Hadith56,2-1) c'est-à-dire qui fait l’effort dans la voie de Dieu pour bâtir dès ce monde le royaume de Dieu.

Après les exécutions qui ont frappé un certain nombre de nos compatriotes début janvier le mot d’ordre de la « pensée unique » politico médiatique a été : « pas d’amalgame ».

A juste titre, Xavier Lemoine, maire de Montfermeil (93), a souligné que derrière le « pas d’amalgame » on s’empêche d’analyser la réalité du terrain. Dans une interview à Valeurs actuelles il déclare ceci : « il convient que notre démocratie et notre laïcité puissent convoquer au tribunal de la raison le rapport que l’Islam peut entretenir avec la violence. Ni déni, ni invective mais exercice de la raison ».

Mais toute la difficulté provient de ce que le réformisme c'est-à-dire la rencontre de l’Islam avec les réalités contemporaines a suscité plus de problèmes qu’il en a résolus et que les tentatives de réforme (exemple de la Turquie) ont amplement échoué.

Les élus locaux, confrontés à la réalité du terrain, sont en première ligne. Aucun n’a le droit d’ignorer le champ du voisin. Ils sont garants de la paix civile. Mais ont-ils conscience des enjeux ?

Elu en « petite Camargue », je suis bien sur interpellé par le flux de candidats au jihad au départ de Lunel , commune de l’Hérault de 26000 habitants,après avoir fréquenté la mosquée « al baraka » considérée comme proche du mouvement « Tabligh », rigoriste et piétiste ,très présent dans les cités.

Nous connaissons les principales causes de cet islamisation: une immigration extra européenne essentiellement musulmane encouragée ou tolérée par les différents gouvernements français depuis une quarantaine d’années, les influences extérieures (les Frères musulmans, les prédicateurs wahhabites…) auprès de cette immigration. Nous connaissons les principaux remèdes : la remise en cause prioritaire du modèle de la société pluri ethnique et multiculturelle, la réforme du code de la nationalité avec l’abrogation du droit du sol, l’arrêt du développement des communautarismes, la restauration d’une République des valeurs, et un changement de pédagogie pour transmettre dès l’école les dites valeurs.

« Au-delà, Lunel n’en finit pas de s’interroger « …titre la presse régionale.

Certes, mais que faire sur place ? La question me paraît importante puisque c’est au niveau, essentiellement des communes, que s’expriment les pratiques de l’Islam. « Les maires ,face à des musulmans dorénavant citoyens, tendent à mettre en œuvre de véritables politiques municipales de l’islam » note Mme Françoise Duthu dans une étude très instructive (« Le Maire et la mosquée .Islam et laïcité en île de France » l’Année du Maghreb,V/2009,439-460). Elle définit le maire comme étant l’acteur déterminant, l’acteur stratégique, celui qui va plus ou moins mettre en scène le projet permettant d’accéder à la pratique de l’islam.

« Lunel est dans une situation d’urgence .Nous avons trop longtemps abandonné cette ville. Il faut désormais apporter une autre parole que celle des recruteurs de la mort » reconnaît le Député PS Patrick Vignal.

Après le coup de filet anti-djihadistes à Lunel, la presse a rapporté que plusieurs réunions avec les services de l’Etat, les représentants politiques, les associations locales et les représentants des communautés religieuses ont été organisées ces dernières semaines et que le Préfet a lancé le recrutement d’un médiateur qui sera chargé, à Lunel, de faire le lien entre ces différents interlocuteurs.

Sur place, le désarroi persiste.

Plusieurs difficultés semblent niées. Toujours le « politiquement correct ».

Vouloir traiter en reconnaissant des « communautés » est une grave erreur.

Tout d’abord l’Islam sunnite que nous connaissons en France n’a ni clergé, ni Eglise. L’imam n’est pas l’équivalent du curé. La grande majorité des imams, dont la seule mission consiste à garantir la régularité de la prière rituelle, n’a aucune formation religieuse spécifique et ne parle pas ou très peu le français.

En quoi l’imam ou les imams de Lunel sont représentatifs des musulmans ? En quoi sont ils qualifiés pour parler au nom de l’Islam ?

Parlons des associations ! De quelles associations s’agit il ? associations loi 1901 ou loi 1905 ? Ces associations prennent elles en compte la nationalité ou l’origine nationale de ses adhérents ?

Récemment un rassemblement citoyen a rassemblé …une cinquantaine de personnes sur 26000 habitants. Qui nous garantit la représentativité de ces associations invitées à « dialoguer » ?

Le peuple français n’a jamais été consulté sur la politique d’immigration. Qui nous dit que la majorité des lunellois est d’accord avec ces appels au « vivre ensemble » ? Qui nous dit que la majorité des musulmans est d’accord pour vivre paisiblement la laïcité ?

Rien ne doit être entrepris hors du cadre de la République laïque.

Il est temps de cesser de penser que nos valeurs doivent être universelles mais il est plus qu’urgent que notre politique soit définie à partir de nos seules valeurs républicaines.

Il n’y a donc pas lieu à médiation.

André Gérin , ancien maire de Vénissieux, relève « qu’il s’agit d’une guerre culturelle et qu’il y vraiment des gens qui mènent une guerre culturelle contre la République,(…) contre ce qu’il y a de meilleur dans les valeurs occidentales. »

Il n’y a donc rien à négocier puisque ce qui est en cause c’est la République.

Les élus locaux ont leur part de responsabilité dans la montée de l’islamisme par leur méconnaissance de l’Islam, la fourniture de moyens pour sa propagande et sa propagation.

On ne compte plus les maires qui ont courtisé l’islamisme par des subventions directes ou indirectes au profit d’associations allant jusqu’à offrir une logistique pour le développement de centres islamiques ,par la mise à disposition de terrains par bail emphytéotique pour l’édification de mosquées, par l’aménagement des horaires de piscines municipales ou des repas dans les cantines publiques, en tolérant les abattages clandestins lors de la fête de l’Aïd al Ahda….

Ces élus savent ils que la mosquée n’est pas l’équivalent de l’église affectée de façon exclusive à des fins spirituelles ?

Savent ils que la mosquée, étant essentiellement le lieu de réunion des musulmans qui la fréquentent , on n’y parle pas seulement de religion mais de toutes les affaires qui les concernent, qu’elles soient sociales, culturelles, politiques ou identitaires ? Aussi bien, à l’issue de l’allocution du prédicateur, les fidèles peuvent ils prendre la parole sur toutes ces questions et instiller un discours attentatoire à nos valeurs communes.

Le sénateur PS du département de Mayotte, le plus musulman des départements français, s’exclame : « la façon dont l’Islam s’intègre ici dans la République devrait servir d’exemple en métropole ! » (http://actualite.leparisien.fr/ps.html) : les fêtes du calendrier musulman sont fériées ; pendant le jeûne du ramadan, les administrations adaptent leurs horaires de travail ; rôle reconnu du cadi,juge de paix et notaire inspiré du droit musulman…

« La petite Camargue » a d’autres traditions !

Boualem Sansal, écrivain algérien, a décrit l’islamisation dans le monde arabe et dans son pays : « Nous l’avons vu arriver (…) au lendemain de l’indépendance (…) ; ce vent religieux nous a été amené par des prédicateurs discrets venus du Moyen-Orient, la plupart membres des Frères musulmans (…) et d’autres encore plus discrets, des prédicateurs wahhabites diligentés par l’Arabie Saoudite, gardienne des lieux saints, qui voulait inculquer un peu d’islam à notre pauvre pays, si longtemps colonisé par les Français, des chrétiens laïcs et rationalistes » (…) « Quelques années plus tard, nous découvrîmes presque à l’improviste, que cet islamisme qui nous paraissait si pauvrement insignifiant s’était répandu dans tout le pays (…) ; nous les avons vus ensuite multiplier les revendications culturelles et sociales ». « Gouverner au nom d’Allah, islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe » Gallimard.

Nous connaissons la suite.

SIEL