Planète France

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma    connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Par François Falcon le 13/02/2015

C’était il y a un mois. Le pays se rassemblait dans un grand raout émotionnel, et affichait sa fierté d’être devenu, le temps d’une journée, le cœur de la résistance mondiale au terrorisme. Jamais on n’avait vu obsèques aussi gigantesques que pour ces Français tués parce qu’ils étaient journalistes, policiers, juifs ou simplement gênants. Et pourtant, l’enterrement essentiel était sans doute ailleurs : celui de la capacité de notre pays à offrir un idéal sensé à nombre de ses enfants issus de l’immigration africaine.

Un mois plus tard, l’esprit du 11 janvier est retombé comme un soufflé, les « Je suis Charlie » bravaches ont laissé place aux pas de côté plus ou moins lâches. De proche en proche, on ne s’est plus battu contre le terrorisme, mais pour la liberté d’expression. Et puis, sous les assauts sidérants du « pas d’amalgame » et de l’islamophobie, les bourreaux sont devenus victimes d’un apartheid social, ethnique et religieux, selon les mots de Manuel Valls.

C’est la victoire posthume des terroristes : tout se passe comme si, Charlie Hebdo ayant critiqué bêtement l’islam, on n’avait plus le droit de le critiquer raisonnablement. Non seulement l’hebdomadaire satirique a exclu toute nouvelle caricature de Mahomet dans son prochain numéro, mais plusieurs films, pièces de théâtre, œuvres d’art et mêmes propos risquant de près ou de loin de heurter une oreille musulmane ont été bannis.

A contrario, l’islam se fait plus visible que jamais, à l’image de l’Union des démocrates musulmans français (dans cet ordre) qui va présenter des candidats dans 8 cantons aux élections de mars. Son fondateur, Najib Azergui, souhaite concourir à la présidentielle de 2017. Au programme : développer l’industrie alimentaire halal (pour relancer l’emploi !), recourir à la finance islamique (pour assainir l’économie !), autoriser le port du voile à l’école (pour défendre la laïcité ouverte !).

Sur quelles valeurs communes, alors, refonder le fameux vivre ensemble ? Celles de la République ! nous crie-t-on sur tous les tons. Valeurs résumées en trois ou quatre mots abstraits (liberté, égalité, fraternité, laïcité), mais dont les manifestations concrètes sont aussi bien l’exhibition autorisée des Femen (jusque sur nos timbres !), les publicités vantant l’adultère, l’avortement sans frein, la filiation trafiquée, et bientôt la sédation létale… Toutes choses bannies par le Coran et les hadiths. Comment, dès lors, s’étonner que 73 % des musulmans de France jugent leurs règles religieuses supérieures à la loi française, comme l’a dévoilé un récent sondage ?

Dans cette optique, mettre un signe égal entre Charlie Hebdo et les valeurs de la République, dessiner Mahomet roulant un patin à Charb ne feront que renforcer l’image d’une France n’ayant plus rien à offrir que la transgression. Ainsi, les valeurs relatives mais absolutisées d’un régime politique contingent risquent fort de radicaliser d’autres Kouachi et Coulibaly en puissance, le djihad répondant sans fin au blasphème, l’extrémisme islamiste par la kalachnikov à un extrémisme plus feutré : celui, nihiliste, par le crayon.

L’urgence est moins d’inculquer aux élèves réfractaires une laïcité creuse dont ils ne veulent pas que de leur transmettre par tous les moyens l’extraordinaire patrimoine de leur pays : histoire, langue, culture, arts et lettres, architecture, paysage, philosophie, religion, tout ce qui a fait la France grande et aimable pour tant de générations.

C’est là notre plus précieux trésor, fondé sur les primats de la raison grecque et de la loi romaine, transfiguré par l’anthropologie judéo-chrétienne. Le seul capable de susciter, un jour peut-être, l’attachement à la France charnelle de ces enfants perdus de la République.