Rafale ravitaillement par l'USAF

Tribune libre de Bruno Lemaire, Club Idées Nation, le 23/02/2015

D’un point de vue diplomatique, ou politique, cette première vente à l’export est sans nul doute une bonne chose. D’un point de vue financier ou économique, cela est nettement plus discutable.

Le fait gênant n’est pas, bien sûr, que l’Egypte ait dû, pour financer cette acquisition, sinon emprunter à – mais pour le moins être cautionnée par – des banques françaises. Après tout, les crédits à l’export ne sont pas une nouveauté.

Ce qui est nettement plus ennuyeux, c’est que ces prêts, ou ces cautions, risquent de ne jamais être remboursés.

En fait, deux éventualités peuvent survenir. Un pays ‘ami’ de l’Egypte, par exemple l’Arabie Saoudite, peut financer plus ou moins directement ces avions, censés être utilisés pour combattre les terroristes de l’organisation ‘Etat islamique’.

Mais vu les liens reliant, dit-on, ces mêmes terroristes à certaines personnalités saoudiennes proches du pouvoir en place, on peut s’interroger.

Ou bien, l’Egypte peut ‘oublier’ tout simplement ses engagements financiers, et ce serait alors les banques françaises qui auraient financé cette vente d’avions qui manquent cruellement à l’armée française pour jouer pleinement son rôle. Pourquoi alors ne pas avoir financé directement Dassault pour cela ?

Bien sûr, on peut aussi me rétorquer que l’Egypte finira par payer. Vu l’état de ses finances, il y a de quoi en douter plus que sérieusement.

De fait, lorsque les crédits à l’exportation servent à financer des machines-outils ou autres équipements, voire des semences agricoles, on peut imaginer que ces acquisitions permettront à l’état emprunteur de produire des biens ou des services susceptibles d’être utilisées comme monnaie d’échange et de remboursement. C’est ce qu’a fait l’Allemagne en vendant un peu partout des machines-outil (d’avant-dernière génération, pour que ces machines n’entrent pas en conflit avec ses propres équipements ‘domestiques’).

Mais, dans le cas d’armements, utilisés pour détruire et non pour produire, il est permis de s’interroger, non ?

Nations Presse Info