Pannaux école 1

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma    connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Boulevard Voltaire

Par Gabrielle Cluzel le 17/03/2015

Le saviez-vous ? Cette semaine est dévolue à « l’éducation à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ».

Le saviez-vous ? Cette « éducation » existe dans les écoles depuis 1984. Plus de 30 ans que ça dure. En 30 ans, l’enseignement secondaire a diablement changé, le Brevet est devenu obligatoire, les séries A,B,C et D ont laissé la place aux L,ES, et S. Les Sciences Nat’ se sont muées en SVT, le dessin a fusionné avec les travaux manuels pour devenir les arts plastiques, la flûte à bec a disparu de l’écran radar des fournitures scolaires, la dictée est devenue un exercice fossile auquel on force, pour le folklore, les élèves à se livrer toutes les années bissextiles et le redoublement une menace aussi improbable que l’arme nucléaire… mais « l’éducation à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme », elle, est restée intacte, souvenir de l’âge d’or du socialisme, vase de Chine estampillé « SOS Racisme, époque Mitterand », dont nul ne s’aviserait de remettre en cause l’ineffable valeur.

Surtout pas Najat Vallaud-Belkacem qui s’apprête, par sa réforme, à mettre le collège cul par-dessus, mais qui en l’espèce fait preuve d’un conservatisme dévot : « Du 16 au 21 mars, toute la communauté éducative & ses partenaires se mobilisent contre le racisme & l’antisémitisme #LEcoleContreLeRacisme », tweetait-elle ce lundi. À cause des 140 caractères, il faut faire des choix. On remarquera que dans son mot-dièse, Najat Vallaud-Belkacem a fait disparaître « l’antisémitisme ». Il est vrai que la cause est moins prégnante que celle du racisme ; ceux qui assistaient dimanche à la réouverture de l’Hhyper Casher partagent sûrement cet avis.

Pourtant plus encore que l’enseignement secondaire, le monde a un tout petit peu changé. Et avec le monde, la France, ses composantes démographiques, religieuses, ses rapports de force, les menaces qui la guettent. Mais chut, il ne faut rien dire : nos gouvernants sont comme l’héroïne comateuse de Good Bye Lenin qui ne doit pas savoir – elle serait trop triste – que le mur de Berlin s’est effondré, ils veulent continuer d’arborer amoureusement leur main jaune Touche pas à mon pote, comme cette dernière sa faucille et son marteau. Surtout, ne rien voir, ne rien dire de cet immense échec patent : mais quand, au bout de 30 ans, il s’avère qu’un traitement a été inefficace et, pire, qu’il a empoisonné à petit feu le patient, il est peut-être temps de changer le protocole ?

Penses-tu. Le Parisien de nous expliquer, en ce début de semaine, comment des collégiens de Belleville, dans un établissement où « la minute de silence a été houleuse », « font vivre l’esprit Charlie », planchant, avec leur prof d’arts plastiques (et plus prof de dessin) sur les « caricatures », « les préjugés », « les clichés ». Il est vrai que si chacun s’applique de son mieux à faire vivre l’esprit Charlie en dessinant son voisin de table avec autant de grâce, de bienveillance et de délicatesse que le célèbre hebdomadaire satirique, cela devrait mettre une sacrée bonne ambiance dans la classe.

Mais quels clichés, au fait ? Le Parisien fait témoigner Mohamed : pour les Italiens, une pizza, pour les Russes, la vodka, « pour les barbus, le terrorisme symbolisé par une kalachnikov ». Une kalachnikov, forcément, c’est moins sympa qu’une pizza. Mohamed aura bien intégré, sous contrôle de son prof, la détestable façon dont on traite « les barbus ». Quand, il y a quelques années, les Kouachi, Merah, et autres Coulibaly ont suivi, eux aussi, « l’éducation contre le racisme et l’antisémitisme », leur rancœur naissante a dû se trouver terriblement apaisée par de telles considérations…