Valls colère VS FN

François Hollande n'a rien perdu de son intérêt pour son fief de Tulle. Toute la soirée, alors qu'il est en déplacement à Bruxelles, il envoie des textos à son successeur à la mairie, Bernard Combes, pour savoir comment se déroule le meeting. Bernard Combes lui envoie une photo de la salle. Le président s'inquiète : "Il n'y a que des élus dans la salle ?" Le président envoie aussi des SMS à son Premier ministre et finira, après le meeting, par lui téléphoner.

Dans cette salle de L'Auzelou, inaugurée par François Hollande en janvier 2013, c'est Manuel Valls qui fait ce soir une entrée triomphale. Il est 20 h 15, les 500 militants socialistes présents lui accordent une standing ovation. Pour la peine, le Premier ministre monte sur une chaise et salue de la main. En fond musical, la version instrumentale du tube de Raphaël "Caravane". Les paroles retentissent dans la salle : "Allez, viens, je t'emmène dans ma caravane..."

Dans le fief du président, Manuel Valls effectue ce soir l'avant-dernière étape d'un tour de France express, une campagne en vue des départementales des 22 et 29 mars qu'il a mise à profit pour sonner la charge contre le FN qui "n'aime ni la République ni la France". Le Premier ministre sera vendredi dans la Drôme et en Ardèche pour un dernier tour de piste avant dimanche.

"Message d'affection" de Hollande

La Corrèze, dirigée par le socialiste Gérard Bonnet, qui avait succédé à ce poste à François Hollande après la victoire présidentielle de ce dernier, pourrait bien échapper à la gauche. Non pas sur la foi de pronostics hasardeux - le maire de Tulle Bernard Combes a raillé à la tribune "les experts de la carte électorale limousine, pas la vache, la carte" (sic) -, mais dans la suite logique des mauvais résultats du PS lors des dernières élections. Lors des municipales en 2014, la gauche a perdu trois villes-clés : Brive-la-Gaillarde, Malemort-sur-Corrèze et Ussel. Puis Bernard Combes, en l'occurrence, a perdu aux sénatoriales en septembre 2014.

Manuel Valls, qui monte à la tribune à 21 heures, dit apporter à la salle "un message d'affection" de la part de François Hollande. Puis se fait grave derrière son pupitre flanqué du slogan "De toutes les forces de la Corrèze". Le Premier ministre rend hommage aux victimes de l'attentat en Tunisie, et égrène la liste des attaques terroristes qui ont frappé le monde ces derniers mois, du Canada à Copenhague en passant par Paris. "Je le dis avec gravité : plus rien ne sera comme avant", lâche-t-il.

"Il ne s'agit pas pour moi de culpabiliser ceux qui s'abstiennent"

Manuel Valls, qui s'est vu reprocher - y compris par les siens - d'avoir mis le FN "au centre de la campagne" (l'expression est de Jean-Marc Ayrault), met les points sur les i : "On me dit tu en parles trop. Mais il faut en parler !" Et pilonne : "Le FN ne résoudra aucun problème, il ne fera que les aggraver. Il ne cherche que des boucs émissaires (...), ne parle que de déclins et prépare la ruine du pays."

Le but de la visite pour Manuel Valls est clairement d'appeler les abstentionnistes à se mobiliser, eux qui constituent une réserve de voix qui pourrait être décisive. "La Corrèze, ce n'est pas plié", veut croire Manuel Valls. Alors, quand il assure "il ne s'agit pas pour moi de culpabiliser ceux qui s'abstiennent", c'est pour ajouter aussitôt : "Votez massivement dimanche prochain, parce que c'est la démocratie qui est en jeu."

Par Charlotte Chaffanjon le 20/03/2015

Le Point