Marine 2013 France 2

Invité en début de semaine dernière de l’antenne de RTL, Manuel Valls avait assuré aux journalistes en « off » qu’il pensait que la gauche serait en mesure de conserver « 36 à 37 départements » était-il  rappelé hier sur cette même antenne. La claque a été d’une toute autre ampleur. Dans les faits, la gauche n’en conserve que 31.  «Jamais sous la Ve République, notre famille politique n’avait gagné autant de départements », s’est réjoui le président de l’UMP  Nicolas Sarkozy. Ce qui est d’ailleurs un mensonge puisqu’en 1992, la droite en avait raflé 76 contre 23 à la gauche (dont 21 au PS).  Marine Le Pen le notait hier soir, on ne pouvait attendre  du Premier ministre, « un petit politicien médiocre sans honneur, l’incarnation de la médiocrité » de tirer les conclusions qui s’imposent de cette déroute électorale. M. Valls, dans son allocution suivant l’annonce officielle des résultats, a confirmé  sans surprise qu’il restait à la tête du gouvernement,  affirmant, en plein  déni du réel que « les appels à la mobilisation républicaine (contre le FN, NDLR)  ont été entendus, d’autant plus (qu’il s’est personnellement) fortement mobilisé». C’est bien évidemment tout l’inverse. Il a dressé dans le même élan le constat de l’échec de la continuation par le PS de la politique euromondialiste qui fut celle de la droite ces dernières décennies.  «Les Français, par leur vote, et même leur abstention (un électeur inscrit  sur deux ne s’est pas déplacé, NDLR), ont dit à nouveau leurs attentes, leurs exigences, leur colère, leur fatigue face à une vie quotidienne trop difficile : le chômage, les impôts, la vie trop chère. J’ai entendu ce message». A l’évidence, non.  

Le vote des Français à ce second tour des élections  départementales a fait tomber des fiefs historiques, symboliques de la gauche, comme le département de François Hollande (Corrèze),  Manuel Valls (Essonne),  Laurent Fabius (Seine-Maritime), Arnaud Montebourg (Saône-et-Loire) ou encore  Ségolène Royal (Deux-Sèvres)…

Sont également perdus par les socialistes, les vieux  bastions du  Nord et des Bouches-du-Rhône qui abritent (abritaient ?) les deux plus puissantes fédérations socialistes, ou  encore la Creuse historiquement à gauche et les Cotes-d’Armor, dirigé par le PS depuis quarante ans, tandis que   le Var et la  Haute-Savoie ne compteront plus  aucun élu de gauche dans la nouvelle mandature.

Un des deux derniers départements tenus par le PC, l’Allier,  est lui aussi tombé dans l’escarcelle de la droite. A contrario, dans le Val-de-Marne, les communistes ont   sauvé leur dernière citadelle départementale,  en réussissant à mobiliser à grande échelle leurs clientèles les plus exotiques.

Outre certains apparatchiks de la rue de Solferino,  il n’y a guère eu  que Maurice Szafran,  sur le site de   Challenges,  pour estimer aujourd’hui  « que la virulence anti FN répétée de Manuel Valls n’a pas été sans efficacité » dans cette élection, « sonnant le tocsin aussi bien à gauche qu’à droite, remobilisant des électorats certes disparates mais profondément hostiles à l’extrême droite ».  Tout en espérant (méthode Coué quand tu nous tiens !) que le FN a atteint « son plafond de verre »; toujours  la même litanie…

Bruno Gollnisch le notait hier soir, notamment lors de son passage sur le plateau d’I télé, il aurait été assez miraculeux, au vu du mode de scrutin taillé sur mesure pour maintenir l’hégémonie  de l’UMPS sur la vie politique, de la part belle que  réserve cette élection  aux poids des notables,  aux petits arrangements entre  amis,   que le FN puisse gagner un département.

Pourtant a-t-il rappelé, ce second  tour marque une nouvelle étape sur le chemin qui devra amener le FN au pouvoir, scrutin  qui permet de rendre encore  plus perceptible le vrai clivage politique de ce début de millénaire. Celui qui oppose d’un côté les partisans  d’un  mondialisme qui acte la disparition, l’effacement, le repli  de la France, sa vassalisation, sa  sortie de l’Histoire, l’ouverture sans frein à « la libre circulation  des biens, des personnes et des  capitaux ».   Et de l’autre  ceux qui pensent que la France à un avenir,  les défenseurs  des identités et des souverainetés nationales,  de la libre coopération entre  Etats libres, de la régulation, d’un protectionnisme intelligent.

Les magouilles entre l’UMP et le PS, notamment les appels de l’UMP à voter PS ou du PS à voter UMP pour freiner l’ascension du FN,  ont  surtout  permis de matérialiser cette entente  de fond entre les deux principaux partis euromondialistes.

Ententes entre le parti de M. Sarkozy et celui de M.  Cambadélis  qui ont éclaté au grand  jour puisque les élus UMP qui ont bravé la posture hypocrite  du ni-ni  en appelant  à voter PS n’ont pas été sanctionnés.  Ce fut d’ailleurs  la  règle dans la quasi-totalité des  cantons où le FN étaient opposés aux socialo-communistes. Or,  les candidats UMP   qui auraient eu l’audace d’appeler  à voter FN pour  faire barrage  à  la gauche auraient été, eux,  immédiatement  exclus…  

Un second tour qui rend également visible  le mépris du suffrage populaire, quand celui-ci ne va dans le sens souhaité par «nos élites»  qui président au fonctionnement  de notre démocratie confisquée. Marine rappelait ce matin   sur RTL cette  distorsion entre le vote des Français et la couleur politique des assemblées d’élus.  Le FN  a pourtant  progressé entre les deux tours –il fait notamment  des scores impressionnants  dans les mairies FN comme dans les deux cantons d’ Hénin-Beaumont et celui de  Beaucaire qui ont été  remportés par les nationaux -;  il  recueille ainsi   en moyenne 40% des voix dans les   1107 cantons où il était en capacité de se maintenir, en remportant  31 (62 élus) dans 14 conseils départementaux.

Le FN ,  en  tête dans de nombreux départements (ce fut le cas  dans 43 d’entre eux au premier tour) se voit néanmoins privé du nombre d’élus correspondant à son poids politique.   Exemples parmi d’autres, majoritaire en voix dans le Vaucluse,  le FN n’obtient que 3 conseilleurs départementaux  -2 pour la Ligue du Sud, 6 pour l’UMP-UDI-Modem, 6 pour la gauche.  Dans le Pas-de-Calais avec 42% des suffrages, l’opposition nationale ne remporte que 6 cantons sur 39 ; avec  38% dans le Nord et 40% dans les Pyrénées orientales, le Front n’aura aucun élu dans ces deux départements !

Pour prendre la mesure de ce déni démocratique, il faut aussi avoir à l’esprit qu’avec  15,93% des voix, les binômes du PS, et ceux de l’Union  de la gauche (9,14%) obtiendront  des centaines de conseillers départementaux.  Les binômes EELV  (29 988 voix, soit 0,16 %)  auront 40 élus ;  les  binômes du Front de Gauche (266 896 voix)  qui ont recueilli  1,45% et ceux du PC (100 413 voix)   0,55%,  engrangent 150 élus !   A comparer avec les   4 108 000 suffrages  (22,36%)  qui se sont portés ce dimanche sur les candidats frontistes, FN qui fait plus que quadrupler son nombre de voix obtenu aux  second tour des élections cantonales de 2011 ( 915 504 voix,  11,57 %, deux élus)…  

Alors oui, les faits sont têtus et Marine était en droit de souligner hier soir que «le fait historique (de ce second tour)  est l’installation du Front National/Rassemblement Bleu Marine comme force politique puissante dans de nombreux territoires». «Ce niveau électoral exceptionnel est le socle des grandes victoires de demain».

Sur le site de L’Express, Eric Mettout le résumait à sa façon : « Marine Le Pen s’est placée pour la prochaine présidentielle, une course de fond qui passera par une autre victoire, aux régionales en fin d’année. La Ve République est faite pour deux partis majoritaires, la France en compte désormais trois ».

Le 30/03/2015

Bruno Gollnisch