Marion Maréchal-Le Pen Paris

La députée du Vaucluse sera candidate à l'investiture du Front national aux régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur, après le retrait de Jean-Marie Le Pen. Affirmant refuser l'idée d'«une candidature sous tutelle», elle n'envisage pas de former un ticket avec Bruno Gollnisch, un fidèle soutien de son grand-père.

Le Figaro : Êtes-vous candidate à l'investiture du Front national aux élections régionales en Paca ?

Marion Maréchal-Le Pen : J'ai toujours eu la même position: j'ai dit que j'étais candidate mais que je ne maintiendrais pas ma candidature si Jean-Marie Le Pen maintenait la sienne. Lui ayant retiré sa candidature, je remets la mienne sur la table, pour la présidence de la région. Même si je suis ouverte à la réflexion avec Marine Le Pen pour voir si elle souhaite autre chose.

Pourquoi avez-vous souhaité rencontrer avec votre grand-père?

J'avais le souci d'encourager une sortie de crise peut-être plus intelligente que d'aller au bout d'un conflit consistant à le mettre en minorité au bureau politique. Cela n'aurait pu qu'entretenir l'incompréhension et les rancœurs.

Comment s'est passée cette rencontre?

Je l'ai vu vendredi. Avant cela, mon silence avait été interprété comme une complicité à l'égard des propos de mon grand-père, or, ce n'est absolument pas le cas. J'avais fait une déclaration très claire dans Valeurs Actuelles. Mais je n'ai pas voulu participer à l'escalade des commentaires que j'estimais nuisible à la concorde de notre mouvement. Les gens peuvent parfaitement comprendre que la situation est d'autant plus délicate qu'il n'est pas nécessaire de mêler un conflit familial à un conflit politique. Moi aussi, j'ai fait le choix de cette famille, je ne suis pas une femme d'État et je n'aspire pas à l'être. J'ai donc une liberté que j'estime plus grande que celle de Marine sur ce sujet.

Que lui avez-vous dit?

Simplement qu'il ne pouvait pas se permettre, en tant que président d'honneur du Front National, pour sa dernière candidature, d'être mis en minorité au bureau politique. Manifestement, une quasi intégralité de nos cadres et de nos militants avouent leur lassitude face à certains propos qu'ils ne partagent pas. Raison pour laquelle ils ne souhaitent pas sa candidature en Paca. Je lui ai dit qu'une telle sortie politique m'apparaissait très triste. Quelle que soit la tête de liste désignée, le plus important était d'en sortir, quitte à ce qu'il fasse lui-même un geste d'apaisement. Cela permettait aussi de rendre caduque une éventuelle procédure d'exclusion, extrêmement dangereuse pour la cohésion interne du mouvement. Je pense que c'était à lui d'avoir cette sagesse en prenant l'initiative de l'apaisement. Beaucoup de gens l'ont vu dans ce sens. Et il l'a entendu.

Que vous a-t-il répondu?

Qu'il soutiendrait ma candidature.

Ce choix de l'apaisement vous a-t-il surpris?

Oui, j'ai été assez surprise car ce geste est particulièrement fort de sa part. Je craignais qu'il aille au bout, coûte que coûte. Mais je l'ai trouvé dans un esprit pas du tout haineux, ni vengeur, mais constructif, à l'écoute et même un peu désolé de la situation. Manifestement, il ne voulait pas porter sur ses épaules la responsabilité d'un conflit destructeur, tant en interne qu'en externe.

Jean-Marie Le Pen a encore surpris en se prononçant lundi en faveur de Bruno Gollnisch à la présidence de la région…?

Cela est d'autant plus ambigu, qu'il ne me l'avait pas présenté comme tel durant notre conversation. Mais tant mieux car je lui aurais dit, dès le départ, qu'il n'en était absolument pas question. Si je ne suis pas complètement fermée à l'idée d'un ticket - il appartiendra à Marine Le Pen de trancher et si elle me le demande je le ferai -, en revanche, je n'accepterai pas d'en faire un avec Bruno Gollnisch.

Pourquoi?

Il n'y a aucune attaque personnelle car Bruno Gollnisch est un homme intelligent et d'expérience. Mais ce n'est pas envisageable parce que cela ne me correspond pas. Ce serait brouiller les pistes et ce serait incompréhensible politiquement. Qu'on le veuille ou non, en terme d'image, il incarne le Front d'une certaine époque, qui me semble un peu révolue. Du fait de mon jeune âge, j'espère incarner la génération qui vient et le renouveau. Je ne me reconnais pas dans sa ligne, même si je sais que l'on nous met souvent dans le même lot mais c'est un raccourci grossier et faux. Moi, je suis clairement dans le Front National de Marine Le Pen.

L'avez-vous dit à Jean-Marie Le Pen?

Je lui ai dit que je ne souhaitais pas une candidature sous tutelle. Si je dois mener cette candidature, je le fais avec mes équipes et ma façon de faire. Il était d'ailleurs parfaitement d'accord avec cela en me disant que je ne devais pas m'inquiéter et qu'il ne pratiquerait pas l'ingérence. Il m'avait simplement suggéré de mettre Bruno Gollnisch en position éligible mais rien de plus.

Un ticket avec Stéphane Ravier, sénateur et maire du 7e secteur à Marseille, serait-elle envisageable?

Les options ne sont pas fermées. Il me faut avoir une discussion sur le sujet avec Marine Le Pen qui tranchera. La décision lui appartient. Je ne suis pas obsédée par le fait d'obtenir cette présidence et je me plierai à la volonté de la présidente. Il y a d'ailleurs plusieurs candidatures possibles et Stéphane en fait partie, même s'il est déjà sénateur-maire.

Comment aborderez-vous la question du cumul des mandats?

Le problème se posera différemment selon l'existence ou pas d'un ticket à la tête de la région. J'ai voté pour la loi sur le non cumul entre un exécutif local et un mandat national. Celle-ci s'applique en 2017 mais une chose est sûre: si je suis amenée à prendre la direction de la région, je démissionnerai de mon mandat de députée avant 2017.

Avec qui ferez-vous équipe?

Le travail titanesque de préparation des équipes va débuter maintenant. C'est un type de campagne que je n'aie jamais menée. Mais j'ai envie de faire émerger de nouvelles têtes, plutôt des trentenaires et des quadras, sans recycler éternellement les mêmes. Tout cela avec un discours novateur. Je n'ai pas de potion magique mais je veux essayer d'apporter ma patte. Beaucoup de choses dépendront aussi des personnalités politiques désignées face à moi, notamment à l'UMP. Une chose est certaine: ce sera un travail d'équipe. Je ne veux pas tout porter sur mes épaules et concentrer l'intégralité de la parole et du pouvoir.

Quelles seront vos priorités?

Il est encore très tôt. Ces priorités seront un moteur pour ma candidature. Nous allons essayer d'aller vite pour être en place le plus rapidement possible sur les questions de fond mais j'attends que la logistique soit en place, avant de me lancer. Je travaille déjà en relation avec les acteurs locaux, qu'ils soient institutionnels ou associatifs. Il va falloir créer une synergie régionale sans rester enfermée dans le prisme vauclusien. D'où l'importance d'avoir une équipe reflétant toutes les spécificités de la Paca.

Vous ne siégez pas au bureau exécutif du FN. Il doit se réunir prochainement pour prononcer d'éventuelles sanctions à l'encontre de Jean-Marie Le Pen. Qu'en pensez-vous?

Il était normal de réunir une instance afin de s'expliquer avec lui. Aujourd'hui, compte tenu de la personnalité de Jean-Marie Le Pen, je considère son geste d'apaisement comme majeur. Évidemment, cela entrera en ligne de compte et l'exclusion ne me paraît plus être à l'ordre du jour. L'état d'esprit des cadres et militants est largement en désaccord avec les propos de Jean-Marie Le Pen. Ils sont las de ses provocations, ils considèrent qu'elles sont un frein pour le mouvement et ne souhaitent plus qu'il soit candidat à l'avenir. Mais tout le monde peut comprendre qu'il existe un affect à l'égard du président fondateur faisant que personne ne peut souhaiter son exclusion.

Pensez-vous que la décision prise sera plutôt de l'ordre d'un avertissement?

Je ne sais pas. Marine Le Pen définira la teneur de cette réunion. Elle est tenue par des statuts et la fonction de président d'honneur est statutaire, déterminée par le congrès national. Pour que Jean-Marie Le Pen soit déchu de sa fonction, une modification des statuts s'imposerait et seul un congrès extraordinaire pourrait le décider. Donc, in fine, le dernier mot ne reviendrait donc pas à Marine Le Pen. Aujourd'hui, je pense que la présidente souhaitera mettre les choses au clair avec Jean-Marie Le Pen pour qu'il cesse définitivement ses déclarations intempestives.

Quand on connaît votre grand-père, on imagine mal comment il pourrait tirer un trait sur ce qu'il appelle sa «liberté d'expression»…

Ce sera justement l'objet de cette discussion au sein du bureau exécutif. Marine Le Pen n'est pas pour la liberté totale d'expression de Jean-Marie Le Pen dans la mesure où il est, d'une certaine manière, porte-parole du mouvement en sa qualité de président d'honneur. Il n'est donc pas libre de dire tout ce qu'il veut puisqu'il entraîne, avec lui, l'intégralité de notre mouvement. Il va falloir trouver un point d'accord sur cette question. Et si le désaccord persiste, Marine Le Pen trouvera une solution. Mais j'ai vu un homme s'inscrivant plutôt dans un état d'esprit constructif.

Comprenez-vous la décision de Marine Le Pen concernant cette procédure disciplinaire?

Je comprends qu'elle ne veuille pas être prisonnière ou «prise en otage», comme elle l'a dit elle-même, des déclarations de Jean-Marie Le Pen. A mon avis, l'idée d'une exclusion est une erreur et va beaucoup trop loin mais il me semble normal que cette question des limites de la liberté d'expression lorsqu'on est un cadre de parti politique, soit réglée. C'est exactement ce que j'ai dit à Jean-Marie Le Pen.

Que vous a-t-il répondu?

Il se défend de ces accusations et dit qu'il ne marche plus à quatre pattes depuis ses dix-huit mois. Nous n'avons pas le même point de vue mais ma position est délicate car, après deux ans et demi de politique, je ne peux pas me permettre de donner des leçons de morale à Jean-Marie Le Pen. Tous ceux qui ont une admiration pour son parcours politique sont extrêmement mal à l'aise parce qu'ils sont en total désaccord avec ses propos mais ils doivent jouer leur rôle de responsables politiques en les condamnant.

Approuvez-vous Marine Le Pen lorsqu'elle propose à son père de se mettre en retrait de la vie politique?

Elle dit cela concernant leur point de désaccord sur la liberté d'expression. Si Jean-Marie Le Pen souhaite la prendre totalement en étant totalement libre, peut-être, en effet, serait-il préférable qu'il ne s'encombre plus d'une fonction le rendant porte-parole de sa formation. Il lui appartient de décider s'il souhaite s'astreindre ou pas à cette discipline de parti.

Durant cette crise au sein du FN, avez-vous jugé certaines déclarations excessives?

Certains commentaires n'étaient pas utiles, notamment de la part de gens auxquels on n'avait rien demandé. Je le regrette. Dans une situation de crise grave, on évite de perturber encore plus la concorde du parti. J'ai été surprise par la véhémence de certains propos, d'un côté comme de l'autre. Comme l'a souligné Louis Aliot, certains commentaires sur Twitter étaient incompréhensibles. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas souhaité y participer.

Faites-vous partie de ceux qui considèrent que le vice-président Florian Philippot est allé trop loin dans ses critiques?

Je n'ai pas compris pourquoi il avait lancé un débat sur l'exclusion alors même que cela n'était pas l'objet du débat initial. Il a pris une initiative personnelle. J'aurais aimé qu'elle soit prise en concertation avec la présidente du mouvement.

Diriez-vous que cet épisode aura été douloureux?

Oui mais moins que ce qui nous rassemble au Front National: les vrais problèmes des Français. C'est la question fondamentale sur laquelle tout le monde doit être d'accord.

Après les départementales et à huit mois des élections régionales, où en est le Front National selon vous?

Dans un pays vivant au rythme d'élections démocratiques permanentes, les partis politiques se structurent autour de ces échéances. Il est intéressant de voir que le FN s'est développé de manière extrêmement rapide. On doit cela à la grande volonté de Marine Le Pen et à l'efficacité des services. Un certain nombre de cadres locaux vont être encore confortés et les collectifs en développement permettront de pénétrer la société civile de façon accélérée en vue de la présidentielle. Les régionales seront un tremplin pour 2017.

Vous avez déjà dit que votre destin n'était pas forcément politique. Votre avis change-t-il avec cette candidature aux régionales?

Mon état d'esprit n'a pas forcément évolué. Mais je vois ces régionales comme le dernier grand challenge avant la présidentielle et j'ai envie d'y participer, en grande partie pour Marine Le Pen et des nombreux cadres qui m'y encouragent.

Par Emmanuel Galiero le 14/04/2015

Le Figaro