Marion Marechal-Le Pen députée

Nommée vendredi tête de liste aux régionales en Paca, Marion Maréchal-Le Pen continue son ascension éclair. La députée n'a que 25 ans et s'impose durablement dans la vie politique française.  

A 25 ans, Marion Maréchal-Le Pen s'émancipe. La nièce de Marine Le Pen est arrivée au devant de la scène politique en 2012 grâce au forcing de son grand-père. A l'époque, elle ne voulait pas se présenter aux législatives mais a cédé à Jean-Marie Le Pen. Elue dans le Vaucluse à l'issue d'une triangulaire, celle qui n'était alors qu'une étudiante en master de droit public est devenue ce soir du 17 juin la plus jeune députée de l'histoire de la République française. Un titre qui était jusque-là détenu par Louis-Antoine de Saint-Just, élu à 24 ans en… 1791.

Même pas trois années après son élection, Marion Maréchal-Le Pen franchit un nouveau cap : elle peut sérieusement prétendre à la présidence de la région Paca. Conclusion de dix jours d'un psychodrame politico-familial, qui a vu Marine Le Pen prendre position contre son père. Jean-Marie Le Pen a finalement renoncé, adoubant sa petite-fille. "Je ne vois que Marion. Il n'y a aucune autre personnalité qui ait autant de notoriété et de particularité au sein du Front national pour cette région", déclarait au JDD le patriarche de 86 ans.

"Elle ne doit pas trop coller à Jean-Marie Le Pen"

Vendredi, le bureau politique du FN est allé dans ce sens, en choisissant la députée. Au sein du parti, elle est la personnalité la plus populaire, comme l'a prouvé le vote fin 2014 des militants lors du congrès de Lyon. Marion Maréchal-Le Pen est de ceux qui incarnent l'aile plus traditionnelle du Front national, à la fois libérale en économie et conservatrice sur les sujets de société, à commencer par l'identité. Une ligne qui colle à l'électorat de droite du Sud-Est de la France.

En Provence-Alpes-Côte d'Azur, elle représente donc l'un des plus grands espoirs de son parti pour le scrutin décembre prochain. Les candidats FN et ses alliés d'extrême droite y ont obtenu plus de 34% des voix aux départementales, à deux points du bloc droite-centre. "Pour emporter la région, le Front doit encore faire venir à lui des abstentionnistes et je ne suis pas certain que 'le point de détail de l'Histoire' leur donne envie", explique au JDD.fr Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite. "Pour eux, comme pour l'électorat de droite, le FN restera infréquentable si ces déclarations sur la seconde guerre mondiale persistent. Marion Maréchal-Le Pen représente une forme de modernité, mais pour cela, il ne faut pas trop coller à Jean-Marie Le Pen. C'est ce qu'elle a fait. L'identité, c'est une chose. Le point de détail, c'est une autre."

Bientôt le temps de la confrontation?

Assez discrète durant la crise qui a opposé son grand-père et sa tante, la députée s'était en effet désolidarisée du premier. "J'ai un immense respect pour Jean-Marie Le Pen. Je lui dois énormément. Mais je ne me trompe pas de combat. Je ne me sens pas une femme d'extrême droite. Le totalitarisme, le racisme, ce n'est pas moi", déclarait-elle à La Provence.

Marion, meilleur atout que Jean-Marie ?

Joël Gombin, spécialiste du vote FN, reste prudent : "Je ne sais pas s'il faut raisonner comme cela, le vote n'est pas fondamentalement différent selon que ce soit Jean-Marie Le Pen ou Marion Maréchal-Le Pen. Cela peut jouer à la marge mais en même temps, ces élections s'annoncent serrées et cette marge peut compter."

La jeune femme a promis de démissionner de son mandat de députée en cas de victoire. Mais en enlevant une région, elle se rendrait incontournable au sein de son mouvement. Pour celle qui est née en décembre 1989, l'avenir s'annonce prometteur. De là à faire de l'ombre à Marine Le Pen... "On ne peut pas tout conquérir à la fois. Et il ne faut pas oublier que Marine Le Pen aura seulement 47 ans cette année. Et par conséquent, 2022 est encore largement à sa portée", note Jean-Yves Camus. Et Joël Gombin de conclure : "Pour l'instant,  elles sont complémentaires. Le temps de la concurrence viendra sans doute."

Par Arnaud Focraud le 17/04/2015

JDD