Drapeau tricolore peinture

Tribune libre de Bertrand Dutheil de La Rochère, Président de Patrie et citoyenneté du 20/04/2015

L’identité de la France plonge ses racines dans Rome. Nation politique, elle se confond avec la Res publica, cette République, en laquelle Jean Bodin voyait le seul outil capable de surmonter les guerres de Religion qui, quatre décennies durant, ont ravagé le pays à son époque. Armés de leur conscience civique, les citoyens apportent dans un espace public variable en tant que de besoin tout le nécessaire, mais rien que le nécessaire. Pour le reste, ils sont libres dans leur sphère privée tant qu’ils n’empiètent pas sur celle d’autrui. Si la culture française s’exprime dans un catholicisme mâtiné par le pessimisme janséniste sur la nature humaine, le principe de laïcité a fini par émerger pour mettre fin aux luttes religieuses. Chacun est libre de croire ou de ne pas croire en Dieu tant qu’il n’impose pas aux autres sa conviction.

Assimilant Oc, Oïl et quelques périphéries celte, germaniques, basque ou autres latines, sous une couronne une et indivisible, les Capétiens ont unifié en huit siècles la nation française. Le 14 juillet 1790, la fête de la Fédération, non sans paradoxe, a témoigné de leur succès. La Révolution a parachevé leur œuvre, et Bonaparte l’a mise en forme. Entre la nation et le citoyen, il n’existe rien d’autre que les institutions utiles à l’administration du territoire et de sa population. Le royaume de France ne fut jamais une agrégation de fiefs. La République française n’est pas une addition de communes. Les départements ne sont que des outils indispensables à une bonne gestion. À l’inverse, la Grande-Bretagne est un « royaume uni » (bientôt désuni ?) de nations. L’Allemagne est une fédération, dont les composantes sont issues de l’histoire. Grâce à cette unicité profonde de la nation, la France a toujours su assimiler les étrangers qui en font l’effort.

Mais, depuis quelque trente ans, une classe politique française, droite et gauche réunies, acquise à l’européisme et au mondialisme, casse ce bel édifice au profit de régions ressuscitant les féodalités au profit de notables aux ambitions mesquines, et de communautés divisant les Français sur des bases ethniques, religieuses ou autres.

La France ne croit pas qu’une Main invisible régule automatiquement le Marché vers l’équilibre. L’État ne peut se conter d’être seulement un gendarme nécessaire parce que le Mal existe. Le simplisme idéologique de « la concurrence libre et non faussée » conduit à la bureaucratie tatillonne et paralysante imposée par les européistes. Doit tout autant être banni l’État-providence des socialistes, qui suscite la passivité par l’assistanat. La France, frappée du syndrome du rentier, conforté pendant des siècles par la vénalité des offices, a besoin que l’économie soit impulsée et entraînée par un Etat-stratège. Il favorise et protège notamment l’initiative individuelle des entrepreneurs contre l’avidité des financiers et des banquiers. La souveraineté monétaire et le protectionnisme intelligent en sont les premières conditions. Colbert le comprit, et la France releva le défi posé par la puissance des Provinces-Unies et bientôt de l’Angleterre. Aujourd’hui, la volonté politique doit favoriser un environnement incitant à la création d’emplois productifs durables par la réindustrialisation du pays.

Pour satisfaire ses intérêts nationaux, la France doit préserver son indépendance comme son bien le plus précieux. Elle n’ignore rien de son histoire glorieuse, et rejette la repentance permanente. Elle sait où elle se trouve dans le monde. Mais elle adapte sa diplomatie en fonction de la situation. Car, comme le disait le général de Gaulle : « Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. » De saint-Louis qui refusa de suivre le pape dans sa querelle avec le Saint-Empire au retrait de l’OTAN, en passant par l’alliance de François 1er avec le Grand Turc et celle de Richelieu avec les princes protestants, la France a su conserver sa liberté de manœuvre jusqu’à ces dernières décennies. Catholique et gallicane, la France ne peut avoir sa conduite dictée par la religion ou l’idéologie. Elle ne doit se trouver engoncée jusqu’à l’impuissance dans les liens d’une Europe dont les membres ont des intérêts légitimes divergents.

Pour que la nation vive dans sa plénitude républicaine, le citoyen doit être institué par l’École, service organique de la nation. Il y apprend par la transmission des savoirs accumulés par les générations à penser par lui-même. La maîtrise de la langue et la connaissance du roman national en sont les premières bases. Ainsi, loin de toute propagande, il sera capable d’appréhender les termes du débat et d’y participer, s’il le souhaite. Pour assurer sa liberté, il y acquerra une formation afin de pouvoir vivre de son travail. Pour sa dignité, il sera en mesure de rendre à la France plus que celle-ci lui aura donné.

France et République, deux termes fusionnés dans un même ensemble complet et cohérent qui constitue une identité nationale. Elle a pris au cours des siècles des formes variées. Car la République, ce n’est pas une forme de gouvernement : l’Élysée contre Buckingham. Mais un principe : le lien direct entre l’individu et le souverain.

Toute l’histoire de la monarchie, pendant huit siècles, a été de rétablir cette immédiateté romaine que la féodalité avait détruite. Ce long combat pour que la France trouve son identité en a fait sa force dans la contingence de l’histoire. Mais cette identité est exigeante. Elle ne va pas de soi. Car elle n’est ni ethnique ni poétique. Elle est épique et politique. Elle demande de la grandeur, non pour dominer le monde, mais pour que chaque Français soit fier de sa nation afin de se dévouer pour elle.

Rassemblement Bleu Marine