CRS Caserne-Chateau-Landon Paris

Environ 300 personnes, dont environ une centaine de migrants, ont quitté jeudi soir le jardin associatif du "Bois Dormoy", à Paris, pour s'installer dans une proche caserne de pompiers désaffectée, aussitôt entourée par les CRS. "L'idée est de s'installer ici, le temps qu'il faudra, en attendant des propositions" d'hébergement, a expliqué Emmanuelle Becker, conseillère PCF de Paris.  

Quatre jours après une expulsion musclée de migrants, les CRS sont retournés dimanche soir dans le 18e arrondissement de Paris pour une nouvelle intervention. Il s'agissait, cette fois, de déloger environ 170 personnes du jardin associatif "Bois Dormoy". Alors que l'opération se déroulait dans le calme, les migrants étant dirigés vers un bus de la préfecture de police, des manifestants, issus notamment du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et du Front de gauche, ont détourné le cortège vers une caserne de pompiers désaffectée, utilisée en temps normal par l'Armée du Salut.

Des militants du NPA ont regroupé les migrants dans la caserne

Jeudi, peu avant 18h30, environ 300 personnes, dont environ une centaine de migrants, se sont barricadés à l'intérieur du bâtiment de quatre étages en briques blanches et rouges situé près de la Gare du Nord"Ils sont fous, c'est sale, il y a même des rats", a relaté auprès de l'AFP un bénévole de l'Armée du Salut qui a assisté, médusé, avec une cinquantaine de sans-abri à l'envahissement du bâtiment.

Le déplacement jusqu'à la caserne s'est opéré dans la plus grande confusion. Les soutiens aux migrants, issus de tendances politiques et associatives diverses, n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur la destination, certains échangeant même des coups. Comme l'a noté notre journaliste présent sur place, ce sont bien les militants du NPA qui ont détourné le cortège.

Le trafic TGV brièvement interrompu

La situation a d'abord été tendue. Les CRS ont encerclé la caserne avant de devoir repousser quelques dizaines de manifestants. La tension est montée d'un cran quand un jeune homme a réussi à escalader la barrière du pont routier au-dessus des voies ferrées en direction de la Gare de l'Est. Le trafic du TGV Est a été brièvement interrompu. Menaçant de se jeter du pont, il a finalement été raisonné par quelques personnes, dont l'ex-Femen Amina Seboui, puis évacué par les pompiers.

A partir de 20h30, la situation s'est calmée et des échanges entre l'extérieur et les personnes retranchées ont eu lieu. "L'idée est de s'installer ici en attendant des propositions" d'hébergement, a ainsi expliqué Emmanuelle Becker, une conseillère PCF de Paris qui se trouvait alors à l'intérieur du bâtiment. L'élue a notamment assuré que les migrants resteront dans ces lieux "le temps qu'il faudra". Reste à savoir s'ils passeront la nuit de jeudi à vendredi dans l'ancienne caserne. Le préfet de Paris Jean-François Carenco, présent sur place, n'a pas souhaité apporter de précisions à ce sujet.

Bataille d'arguments autour d'une "situation dramatique"

Dans un communiqué commun, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve et la maire de Paris Anne Hidalgo ont, eux, dénoncé l'attitude "des individus irresponsables" qui, "depuis plus d'une semaine, instrumentalisent cyniquement la situation dramatique dans laquelle se trouvent les migrants à des fins purement politiciennes".

Les migrants s'étaient installés durant la nuit de lundi à mardi dans le jardin associatif du "Bois Dormoy", dernière étape d'une errance débutée pour certains le 2 juin avec le démantèlement du campement de La Chapelle. "Les pouvoirs publics ont renouvelé ce soir leur offre d'hébergement aux migrants présents dans ce square. A la demande de la Ville de Paris, la Préfecture de police a mis à disposition des bus permettant aux migrants de rejoindre ces hébergements", expliquent Bernard Cazeneuve et Anne Hidalgo. Selon nos informations, l'Hôtel de Ville a en effet proposé 110 hébergements aux migrants retranchés.

Présent sur place, Julien Bayou, porte-parole national d'EELV, affirme de son côté que "contrairement à ce qui se dit, il y a peu d'excités et une grosse centaine de personnes de tous âges en soutien". Et d'ajouter : "C'est incroyable de voir l'incapacité de la ville et de l'Etat à gérer la situation autrement que par la violence, quitte à laisser pourrir la situation."

Par Vincent Lenoir et Gaël Vaillant le 11/06/2015

Le JDD