UE euro-poids

Après une énième « réunion de la dernière chance » jeudi, sans résultat, il y en aura une autre lundi à Bruxelles, avec les chefs d’Etat et de gouvernement pour décider du sort de la Grèce. Jusqu’à quand ? Nous ne savons pas encore ce qu’il en sera pour ce pays, ce qui est certain, c’est que cela ne peut continuer longtemps ainsi. Si cette crise est surmontée, inévitablement une autre surgira un jour ailleurs.

Le défaut de l’euro est structurel : il ne peut y avoir une monnaie unique avec des économies extrêmement hétérogènes. Le pari était qu’au fil du temps, ces disparités allaient s’effacer grâce à une dynamique unitaire portée par l’enthousiasme des peuples. Il n’en a rien été et la crise a aggravé la situation. Ce que vient de constater le prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz : « La crise a divisé les pays membres alors que l’euro était supposé rassembler les Européens et si rien ne change, l’euro court à sa destruction. »

La BCE, fermant les yeux sur cette réalité, en est réduite à jouer les pompiers volants pour éteindre un départ de feu ici, un incendie là, en attendant que d’autres jaillissent ailleurs. L’euro ne peut tenir longtemps en marchant cahin-caha, il est condamné. La question est de savoir si on organise le repli en bon ordre et avec le minimum de dégâts financiers et humains ou si on le laisse exploser en vol dans la convulsion et le chaos. On ne veut pas poser cette question-là, nos eurocrates s’en tiennent au dogme de son irréversibilité, son abandon serait gros, assurent-ils, d’épouvantables catastrophes.

En France, c’est le discours-épouvantail commun de Hollande et Sarkozy face à Marine Le Pen qui entend sortir notre pays de l’euro. Ils nous racontent que ce serait l’Apocalypse ou peu s’en faut, que la France serait ruinée, sa dette devant être remboursée en francs, les plus modestes seraient les plus touchés, etc. Cette description dramatique d’une sortie de l’euro postule que notre pays fera cavalier seul, les autres conservant l’euro. Cela ne peut pas arriver.

Si dimanche Marine Le Pen est élue présidente de la République et qu’elle annonce lundi que nous renonçons à l’euro, c’en sera déjà fini virtuellement de la monnaie unique. Il n’est pas concevable que l’euro subsiste après le départ de la France, deuxième économie de cette zone, premier partenaire de l’Allemagne et pays fondateur de l’Union. Déjà, les économistes disent que la sortie de la Grèce entraînerait, comme dans un château de cartes, la fin de l’euro, or la Grèce représente 2,3 % du PIB de l’Union européenne contre 20 % pour la France.

Dès lors, que se passera-t-il ?

Les dirigeants européens se mettront autour d’une table, avec Marine Le Pen, pour organiser de concert la fin de l’euro. Après cela, tous les pays en seront au même point : la monnaie nationale sera le reflet de leur économie, forte ou faible, et tous les Etats auront à rembourser leurs dettes dans leur monnaie restaurée.

Il n’y aura là rien de dramatique ! 

Par Guy Rouvrais le 19/06/2015

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