Panic

"La Grèce est aujourd'hui membre de la zone euro. La Grèce reste dans la zone euro. La Grèce, son destin, c'est de rester dans la zone euro". Michel Sapin, voulait encore y croire samedi soir. Le ministre français des Finances avait beau afficher encore de l'espoir, à l'issue d'une journée décisive, l'avenir d'Athènes dans l'Union monétaire apparaît largement incertain.

La veille au soir, Alexis Tsipras a pris tout le monde de court en informant Angela Merkel et François Hollande de son intention de soumettre les exigences de réformes de ses créanciers (la Commission européenne, la BCE et le Fonds monétaire international) en échange de leurs financements à un référendum. Un scrutin qui ne serait pas organisé avant dimanche 5 juillet, et pour lequel le gouvernement appellerait à voter "non". Personne ne s'attendait à une telle volte-face d'Athènes alors que les discussions devaient reprendre samedi avec l'Eurogroupe, l'organe rassemblant les ministres des Finances de la zone euro pour parvenir un accord réformes contre financement.

La Grèce se justifie

Le ministre des Finances grec a donc dû justifier la position de son gouvernement lors d'une conférence de presse tenue samedi après-midi, à l'issue de la rencontre avec ses homologues. Les propositions des "institutions" empêchent le retour de la croissance, a-t-il fait valoir. La prolongation de cinq mois du plan d'aide proposée par le reste de la zone euro, ainsi que les financements attachés, n'étaient pas suffisants.

Pour Yanis Varoufakis, le montage proposé n'aurait pas permis de restaurer la confiance des investisseurs et des consommateurs dont la Grèce a besoin pour faire repartir son économie puisque ses partenaires refusaient de s'engager sur l'allègement de l'énorme dette du pays (plus de 175 % du PIB). Dans ces conditions, "on serait arrivé quelque part en novembre ou décembre avec rien en vue qui aurait pu redonner confiance. Il y aurait eu exactement les même négociations encore et encore, la même menace d'impasse qui aurait empêché les investisseurs" de revenir, a expliqué le ministre grec.

Quand Sapin contredit Varoufakis

Mais cette version a été démentie par Michel Sapin pourtant présenté un peu plus tôt par le ministre grec comme son meilleur allié dans les discussions de ces derniers mois. "La question du financement, de l'investissement en Grèce et la question de la soutenabilité de la dette (…) étaient sur la table, a souligné le ministre français lors de sa propre conférence de presse, en fin de journée. Le gouvernement grec n'a pas souhaité que la négociation continue, bien que tous ces éléments fussent sur la table et que tous ces éléments pouvaient et devaient être pris en compte dans cette négociation".

Pourquoi les partenaires de la Grèce ont-ils refusé de prolonger le programme d'aide d'un mois, comme le réclamait Athènes le temps d'organiser son référendum le 5 juillet afin de laisser une porte ouverte aux Grecs? Pour le président de l'Eurogroupe, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, si la réponse du peuple grec est positive le gouvernement d'Alexis Tsipras aurait eu un sérieux problème de crédibilité pour appliquer les réformes demandées, lui qui n'a cessé de les dénigrer.

Le gouvernement grec mis face à ses responsabilités

Le président de l'Eurogroupe a aussi fait valoir que le programme d'aide avait déjà été étendu deux fois et que les Grecs auraient du décider bien avant de soumettre le résultat des négociations à référendum et non pas juste avant un remboursement crucial au FMI et l'expiration du plan d'aide mardi 30 juin. Il a aussi mis en avant le risque de dégradation de la situation économique, à cause de l'incertitude politique sur l'avenir du pays dans la zone euro, pendant le nouveau mois de sursis réclamé par la Grèce. Mais les ministres de la zone euro n'ont surtout pas voulu céder à ce qu'ils ont perçu comme un chantage : en cas de réponse négative des Grecs, ne serait-ils pas obligés de renégocier un programme plus souple mais qui ne remplirait pas l'exigence de redressement budgétaire nécessaire au vu des financements disponibles ?

"Il est légitime pour tout gouvernement, pour tout parlement, de faire appel à son peuple", a martelé Michel Sapin. Mais visiblement, le gouvernement grec devra en assumer les conséquences… Samedi soir, il n'était d'ailleurs pas encore sûr que le scrutin ait vraiment lieu. Le parlement grec, où le gouvernement de coalition de la gauche radicale Syriza n'a qu'une majorité étroite, devait encore donner son accord. Aucun des deux camps n'a par ailleurs totalement exclu la reprise des négociations d'ici au référendum. Mais chacun estime que c'est à l'autre de faire le premier pas. Une attitude qui rend une conciliation difficile.

Vers un contrôle des capitaux ?

Une chose est sûre : désormais, le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne va se retrouver en première ligne. Il va devoir décider s'il laisse ou non ouvert son robinet de  liquidités d'urgence pour le système bancaire grec alors que ménages et entreprises devraient se ruer au guichet pour retirer leur argent ou le transférer à l'étranger.

Un contrôle des capitaux, voire une fermeture pure et simple des banques grecques lundi, est probable. Mais c'est à la Grèce de prendre une telle responsabilité, estime le reste de la zone euro. Une telle décision pourrait finir par un "Grexit", une sortie de la Grèce de la zone euro. Déjà samedi soir, les 18 ministres de la zone euro ont tenu un meeting informel sans leur homologue grec, Yanis Varoufakis.

Par Marc Vignaud le 27/06/2015

Le Point