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Et maintenant que vont-ils faire ? Le résultat hier  du referendum en  Grèce, à savoir un NON  massif du peuple grec (mais avec une forte abstention) à plus de 61% au plan d’aide proposé  par la troïka des  créanciers-étrangleurs d’Athènes, UE- BCE-FMI,  est un véritable saut dans l’inconnu. Une victoire pour le  gouvernement d’Alexis Tsipras, qui jugeait ce plan inacceptable et qui  estime que  cette victoire du  NON  est « un renforcement (de son) pouvoir de négociation »,  mais dont chacun se garde bien de prévoir l’issue. Quelques heures avant le résultat de cette votation, Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, avertissait les électeurs Grecs   que si   Athènes s’entêtait à ne  pas  « accepter des mesures désagréables », il n’existerait « aucune base pour un nouveau programme d’aide ». Bref, il n’y aurait pas de « plan B »…  François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel se  verront ce soir à l’Elysée pour tenter d’accorder leur réponse à ce défi,  avant la tenue d’un sommet de la  de la zone euro mardi.

Résumant assez bien l’état d’esprit du lobby euromondialiste,  le cofondateur de slate.fr, Jean-Marie Colombani, a pondu une tribune publiée aujourd’hui  dans Direct matin qui résume assez bien la propagande  fielleuse qui  est matraquée contre tous ceux qui contestent le joug européiste et son crédo supranational. Ne pas passer sous les fourches caudines de leur Europe c’est par essence s’exposer à la diabolisation,  être catalogué  comme un suppôt de Satan, un  adorateur ou un complice de  la bête immonde.

«La Grèce et les Grecs méritent mieux que le triste gouvernement de Monsieur Tsipras » affirme ainsi M. Colombani qui, en pleine dérive complotiste,  dénonce le choix opéré par ce dernier de prendre comme allié « les Grecs indépendants, mouvement xénophobe et antisémite. Curieusement, cette alliance, qui cache une idéologie commune, le national-populisme, est passée sous silence ». Refuser l’Europe de Bruxelles  c’est donc être antisémite ?!  M.  Colombani ne s’arrête pas en si bon chemin, Tsiparas et ses amis ajoute-t-il,  piétineraient  la démocratie…pourtant bafouée  à de nombreuses reprises par les Bruxellois quand le peuple à le front de ne pas voter dans les clous.

«Le référendum (de ce dimanche)  a été organisé dans un délai de quelques jours, au mépris de la règle constitutionnelle grecque » assène l’ex directeur du Monde. « Il a été approuvé par trois partis seulement : Syriza, les Grecs indépendants et… Aube dorée, mouvement authentiquement néonazi. Et que dire de l’objet du référendum qui porte sur un texte attribué aux Européens qui n’existe pas (sic). Ou bien encore de bulletins de vote qui mettent en première position et en valeur le NON prôné par Tsipras, revêtu en Grèce d’une valeur émotionnelle forte car il fait référence à la résistance face au nazisme ».

Last but not least,  la coalition d’extrême gauche réunie au sein du parti  Syriza et ses alliés dits d’extrême droite   défendraient les nantis, l’alliance du gros argent et du goupillon,  les  affameurs du peuple. Pour preuve  alors que l’Europe, « depuis le début de la crise, a mis la main à la poche pour aider la Grèce »,  « Syriza et son allié d’extrême droite » « ( protègeraient de l’impôt)  les armateurs et l’Eglise orthodoxe ».

La prose caricaturale et agressive d’un  Jean-Marie Colombani et de ses semblables est-elle encore audible par nos compatriotes ?   En France, le FN, la mouvance souverainiste, mais aussi l’aile gauche du PS, le Parti de Gauche, le PC se sont félicités du résultat de ce referendum que la majorité du PS a dénoncé comme  l’UMP. A  l’image de l’ancien  ministre du Budget de Nicolas Sarkozy, Eric Woerth, qui affirmait hier  soir sur BFM TV que  si «personne ne veut que la Grèce quitte la zone euro » pour autant «  elle se met elle-même dans l’antichambre d’un départ. On est dans l’impasse ». Allié des   républicains,  le président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, a appelé sans ambages  à la sortie de la Grèce de la zone euro.

Dans un communiqué publié hier soir, Marine Le Pen a relevé pour sa part que « le  NON  du peuple grec doit permettre un changement d’approche salutaire. »« Les pays européens doivent profiter de cet événement pour se mettre autour d’une table, constater l’échec radical de l’euro et de l’austérité, et organiser la dissolution concertée de la monnaie unique, condition indispensable au retour réel de la croissance, de l’emploi et au désendettement. »

Dans les faits, le Grexit  paraît inéluctable à la plupart des commentateurs puisque la coupure du robinet des aides aura mécaniquement pour effet  de provoquer l’insolvabilité de la Grèce. Dans  l’impossibilité d’imprimer des euros, le pays  serait obligé de fonctionner par un système de reconnaissance  de dettes ou    d’imprimer une autre monnaie. Or comme l’a dit Yanis Varoufakis qui vient de démissionner de son poste  de  ministre des Finances, officiellement pour faciliter l’obtention  d’un accord, « certains membres de l’Eurogroupe préférant qu’il soit)  absent », la  Grèce n’est plus en mesure d’imprimer  des drachmes.  « Les presses ont été détruites » et la question n’est pas d’actualité soulignait-il jeudi sur Bloomberg TV car « nous voulons désespérément rester dans l’euro ».

Yanis Varoufakis n’a certes pas toujours été aussi affirmatif. L’Express consacrait   le 28 février  un article à ce dernier, et notamment à son ouvrage Le Minotaure planétaire (ed. Editions du Cercle) dont tout  patriote ou nationaliste Français qui le lirait  approuverait plus de 80% des analyses.  Un livre  dans lequel  il dépeint « la fin d’un ordre mondial » né en  1971 lorsque le gouvernement  des Etats-Unis  a abandonné  « l’étalon-or », la convertabilité du dollar en or. Il ya fustige souvent brillamment   la marchandisation du monde,  les ravages du capitalisme spéculatif, « l’ogre américain, la désunion européenne et le chaos mondial…».

« Ce partisan d’un effacement de la dette grecque n’est pas frileux à l’idée de sortir son pays de la zone euro… Même s’il fait tout pour y rester » notait alors L’Express.  «  En janvier, sur l’antenne de Bloomberg TV», Varoufakis, économiste reconnu, « enseignant tour à tour à Sydney en Australie ou à Austin au Texas »,« avait lâché: La dernière ligne de Hôtel Califonia (le tube des Eagles) explique assez bien où nous en sommes: Vous pouvez rendre les clés de votre chambre à n’importe quelle heure, mais vous ne pouvez pas partir»

Il est en effet tout à fait exact que  la sortie d’un pays membre de la zone euro n’est pas prévue par les textes européens, l’adoption de la monnaie unique étant supposée  être irréversible…Manière ce constater encore une fois, souligne Bruno Gollnisch,  le caractère intrinsèquement totalitaire de cette Europe de Bruxelles, véritable prison de peuples ou,  à tout le moins,  hôtel géré de manière abracadabrantesque.

Le 06/07/2015

Bruno Gollnisch