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Depuis le 1er juin, le département des Alpes-Maritimes a dû prendre dans ses foyers autant que durant toute l'année 2014.

Rien ne va plus à la frontière franco-italienne, entre Menton et Vintimille. Le président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, s'est rendu sur place, ce lundi, pour dénoncer les derniers effets de la crise migratoire. En cause: l'afflux massif de mineurs isolés étrangers qui viennent, selon lui, engorger les structures d'accueil pour mineurs dont il a la charge. «Pour le seul mois de juin, mon département a recueilli autant de mineurs isolés étrangers que durant toute l'année 2014», alerte-t-il, soit 170 mineurs depuis le 1er juin contre 174 en douze mois l'an dernier.

Ces jeunes sont Afghans, Érythréens, Angolais, ressortissants de la République démocratique du Congo ou du Congo-Brazaville. En France, tous départements confondus, ils étaient au total plus de 8000 à être accueillis en foyer départemental pour l'enfance ou dans des structures hôtelières en 2014. Ils seront 10.000 ou plus en 2015. Pour un coût annuel estimé à 500 millions d'euros pour l'ensemble des Conseils départementaux.

En termes de flux, on dénombrait 1500 nouvelles admissions par an jusqu'alors, mais les professionnels évoquent un rythme prévisible de 4000 nouvelles prises en charge par an.

Selon Éric Ciotti, «l'État italien refuse désormais de réadmettre les mineurs isolés étrangers au motif que cette réadmission n'est pas prévue dans le cadre des accords de Schengen.» Et la France doit s'en accommoder.

Pour gérer les arrivées, le préfet des Alpes-Maritimes a réquisitionné, par exemple, l'internat du lycée professionnel Paul-Valéry, à Menton. Ses services se donnent un mois pour évaluer la situation de l'enfant au regard de la Convention internationale des droits de l'enfant, qui oblige à protéger les mineurs étrangers sans parents ni tuteurs. Le département est tenu, en principe, d'assurer ensuite leur prise en charge, au titre de l'aide à l'enfance.

Déjà une responsable départementale du PCF, Cécile Dumas, s'est réjouie de cette «porte entrebâillée» pour l'accueil des migrants et y voit «un accès aux droits pour les réfugiés». Au-delà du seul cas des mineurs donc. De quoi faire bondir le président Les Républicains du département des Alpes-Maritimes qui dénonce un «dangereux précédent» et une «politique incitative qui deviendra vitre incontrôlable».

Ambiance électrique

Pour le seul cas des mineurs isolés, Éric Ciotti affirme que les étrangers représentent aujourd'hui plus de 60 % de tous les mineurs placés sous la protection du département dont il a la charge. Des tests osseux sont pratiqués pour déterminer l'âge réel de ces migrants qui ont souvent la corpulence de jeunes adultes et dont l'histoire reste difficile à retracer. Mais la pratique ne plaît guère aux associations qui les défendent. Les responsables de la petite enfance dans les Alpes-Maritimes dénoncent pourtant le déséquilibre des âges dans leurs structures d'accueil, où de tous jeunes enfants cohabitent avec de grands adolescents très instables.

Ce nouveau public est souvent victime de réseaux mafieux qui l'exploitent et les faits de délinquance se multiplient. Les fugues également. Dans les foyers, l'ambiance est devenue électrique. Comme d'autres présidents de départements très sollicités, Éric Ciotti réclame «que l'État assume, puisqu'il s'agit de politique migratoire», en finançant la prise en charge de ces nouveaux arrivants, ainsi qu'une répartition plus juste des entrants dans l'ensemble des départements.

Il réclame aussi l'ouverture d'un débat parlementaire sur ces questions. La balle est désormais dans le camp de Bernard Cazeneuve, très mobilisé sur le dossier des migrants. Un préfet du grand sud le confie: «Sur le terrain à Menton, les agents de la police aux frontières, fatigués, attendent la relève.» Beauvau se prépare à un été difficile.

Par Jean-Marc Leclerc le 06/07/2015

Le Figaro