Montpellier

La guerre est déclarée à Montpellier. Avec en ligne de mire ces quelques jeunes de la communauté rom qui parcourent la place de la Comédie toute la journée, en quête de quelques pièces. Un manège déplaisant pour les commerçants qui voient les touristes interpelés et malmenés, parfois jusque sur les terrasses des cafés. Des nuisances difficiles à constater, et encore plus à juguler, pour les forces de l'ordre. Aussi, cafetiers, vendeurs sédentaires et ambulants menacent-ils d'organiser eux-mêmes la riposte... par une milice.

Ras-le-bol! Ce vendredi 3 juillet, les commerçants exaspérés de la Grand Rue Jean Moulin, voisine de la place de la Comédie, interpellent la Chambre de commerce et d'industrie (CCI), quelques numéros plus loin. De plus en plus de jeunes investissent leurs magasins pour y mendier ou y faire signer des pétitions bidons, de manière parfois très véhémente. S'il est clair que ces ressortissants de la communauté rom agissent avant tout par manque d'argent, leur présence est devenue insupportable aux commerçants. «Au-delà du risque de vol, ils perturbent la clientèle, en interpellant les passants», déplore la CCI, qui a informé le maire DVG, Philippe Saurel, de ce problème.

Président du syndicat des commerçants des halles et marchés de la région de Montpellier, Jean-Pierre Touchat, défend les nombreux marchands ambulants présents sur la place de la Comédie. «Les commerçants ont été mis dans le bain si je puis dire, par ce qui se passe aux terrasses de café, raconte-t-il, ils vont même jusqu'à l'intérieur de l'office du tourisme». L'argument de la pauvreté, Jean-Pierre ne veut pas l'entendre: «quand on franchit le cap de l'agressivité, quand on vous somme de signer une fausse pétition en vous pointant le stylo sous la gorge, ce n'est plus de la mendicité». Partant de ce constat, deux solutions s'offrent selon lui aux commerçants. «Soit nous faisons l'autruche, soit nous prenons nos responsabilités en interpellant les pouvoirs publics», tranche-t-il.

«Nous faisons de la protection au quotidien»

«Personne ne fait plus rien, alors qu'il y a un commissariat de police nationale sur la place et un de police municipale à côté de l'opéra», se plaint la CCI. Les autorités ont baissés les bras, expliquent en substance ses représentants. L'idée d'une milice pour défendre eux-mêmes leurs intérêts a donc germé chez les commerçants, relayée par Midi Libre. Le mot fait peur, aussi est-il rapidement tempéré, notamment du côté de la CCI qui assure ne pas avoir été informée d'une telle volonté. De son côté, Jean-Pierre Touchat relativise: «Une milice il y en avait une avant que le mot ne soit prononcé. Nous faisons de la protection presque au quotidien», explique-t-il. «Nous avons formalisé cela pour que la médiatisation nous serve, depuis nous avons un lien plus étroit avec les autorités», se félicite le commerçant.

La Mairie «condamne formellement» cette justice personnelle confiait Philippe Saurel à Midi-Libre. «Nous sommes dans un pays de droit», rappelle l'édile montpelliérain. «La solution sécuritaire ne peut passer par une justice personnelle, quel que soit le problème», appuie, Marie-Hélène Santarelli, son adjointe à la sécurité. Mais «en réalité l'auto protection a commencé depuis quelques temps», clame Jean-Pierre Touchat. «Nous nous interposons entre ces jeunes et les touristes qui se font agresser», raconte-t-il. «Nous ne souhaitons pas aller plus loin rassure Jean-Pierre, mais s'il le faut nous irons», assure-t-il. A croire que les velléités sécuritaires biterroises se propagent doucement à la préfecture de l'Hérault.

Par Antoine Sillières le 08/07/2015

Le Figaro