Pensur_nuages

Par Gabriel Robin, Secrétaire général du CLIC le 08/07/2015

J’ai cru au départ qu’il s’agissait d’un article satirique du délicieux Gorafi. Mais non, l’information est vraie. Adama Bamba, Moustapha Cissé, Ibrahim Diallo, Mamadou Diomandé, Inza Koné, Souleyman S., Meïté Soualiho et Mohammed Zia ont pour point commun d’être tous des clandestins et des acteurs novices. Cela ne les empêchera pourtant pas d’être les stars du prochain Festival d’Avignon.

La pièce qui les a rendus célèbres, 81, avenue Victor-Hugo, a d’abord été créée, et jouée, au théâtre municipal d’Aubervilliers. France 24 décrit ainsi le scénario :

"Les huit sans-papiers y racontent leur parcours de migrants, depuis la dangereuse traversée de la Méditerranée jusqu’aux trottoirs d’Aubervilliers, en passant par la violence des passeurs, et celle de l’État français."

La violence de l’État français qui leur permet de continuer à vivre ici sans être inquiétés, puis de participer à un festival de théâtre de renommée mondiale ? On aura tout lu, et tout vu.

Les huit Africains interpréteront donc leur propre rôle de « sans-papiers », tels que les définit hypocritement le site Internet de France 24. Une façon polie, et mensongère, de désigner des extra-Européens en situation irrégulière en France. La novlangue appelle les immigrés clandestins des « sans-papiers », il faudrait préciser que ces personnes possèdent des papiers étrangers, mais n’ont pas leurs papiers en règle pour résider sur le territoire national. La nuance est visiblement trop complexe à saisir pour France 24. Nul doute, néanmoins, que les organisateurs du Festival d’Avignon savent ce qu’ils font en sélectionnant la pièce « 81, avenue Victor-Hugo » pour l’édition 2015.

« Nous ne voulions rien faire à la légère. Nous avons beaucoup discuté avec les huit comédiens, avec la direction du théâtre. On voulait trouver des garanties pour les protéger. Nous étions face à un vide juridique. Il était hors de question, par exemple, que la police puisse débarquer dans le théâtre et les embarquer », déclarait Olivier Coulon-Jablonka à France 24. Toutes les représentations se sont déroulées sans encombre, grâce à l’aide de l’association anti-France « La Cimade », qui a su négocier avec les autorités pour que les lois de la République ne soient pas appliquées aux huit « artistes ». Peu après, les choses sont rentrées dans l’ordre sociétaliste, et nos clandestins ont eu droit à un happy end. En effet, ils ont tous récemment obtenu des titres de séjour. Pour service rendu à la nation, ou grâce à une médiatisation savamment orchestrée par quelques artistocrates à la Muray ? À vous de deviner.

Le Festival d’Avignon n’a jamais fait mystère de sa sensibilité idéologique, clairement internationaliste, et pour ce que cela vaut « bobo ». Olivier Py, directeur du festival, à l’issue du premier tour des élections municipales de mars 2014 donnant le Front national majoritaire à Avignon, alla même jusqu’à déclarer : « Je n’envisage que deux solutions possibles : soit je démissionne et on nomme un nouveau directeur, soit on délocalise le festival dans une autre ville. » Il n’a malheureusement pas été exaucé. Le fait que la pièce co-écrite par Olivier Coulon-Jablonka, Barbara Métais-Chastanier et Camille Plagnet soit jouée à Avignon n’a donc rien de surprenant, compte tenu du passif du festival et de son directeur. Il s’agit de la énième provocation d’une élite déconnectée, pour laquelle l’autre compte plus que le proche. Le Festival d’Avignon n’est pas une enclave bobo hors la France. Il est temps de rénover cet événement qui n’attire plus les foules. Le plus tôt sera le mieux.

Source : Page Facebook de Gabriel Robin