Migrants-calais

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma    connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.
 
 
Par Caroline Artus le 13/07/2015

Elles sont vingt-cinq personnes à avoir pris leurs quartiers dans cette ferme abandonnée – la ferme Cochard — appartenant à l’État, à Villefontaine, dans l’Isère. Et pourtant, il y a un an, ces familles avaient été déboutées de leur droit d’asile, décision qui aurait dû conduire à leur expulsion dans leur pays d’origine, la République d’Albanie étant inscrite par l’OFPRA sur la liste des pays sûrs. En raison« d’institutions démocratiques dont le fonctionnement régulier a été rétabli » (…), et pour ses « réformes de la législation pénale et civile (…) de nature à renforcer la protection des libertés fondamentales ».

Mais que pèsent les textes de loi face à un « collectif » de belles âmes grâce à qui ces « ouvriers ou ces maçons » ont « rénové » les lieux en question, où la vie, depuis décembre 2014, s’écoule collégialement, et où s’exprime « fièrement, fermement, la solidarité contre la légalité » ? « Sans titre de séjour, les voilà jardiniers », à bichonner le potager, s’ébaudit le journaliste.

Et si le potager, c’est chou, la maison, c’est top ! Emmaüs a donné le mobilier, les resto du cœur garantissent les produits d’épicerie, et la mairie règle les consommations d’eau et d’électricité. La télévision trône dans la salle à manger, et un téléphone portable s’est égaré sur le canapé. Mais, si l’une des femmes, invitée à comparer avec sa vie d’avant, en Albanie paisible, avoue que « c’est mieux de rester ici, pas dur », le journaliste, cependant, s’interroge : « la ferme Cochard, rêve ou cauchemar ? »

Combien de fermes Cochard va-t-il falloir dégoter pour héberger non seulement les demandeurs d’asile, mais, à l’instar de ces familles, les déboutés non reconduits aux frontières ? C’est très légitimement que Roger Karoutchi interpellait Manuel Valls, au mois de mai : « Ce qui est inconséquent, Monsieur le Premier ministre, c’est d’accepter le fait qu’il y ait 65.000 demandeurs d’asile par an, contre 35.000 par an il y a 5 ans. […] C’est de faire en sorte que notre pays accordant environ 10.000 à 15.000 statuts de réfugiés par an, et ne raccompagnant réellement qu’un maximum de 5.000 déboutés du droit d’asile aux frontières, nous créons nous-mêmes 40.000 à 45.000 sans papiers chaque année. »

Ces « collectifs » autoproclamés agissent non seulement au vu et au su des autorités, elles-mêmes censées appliquer la loi, mais font montre d’injustice patentée. À l’encontre des déboutés malchanceux, mais aussi à l’encontre des dix millions de mal-logés et autres 3,5 millions sans domicile fixe, ou de ceux qui peinent à payer charges et loyer. Injuste et amoral, aussi, pour tous ceux dont une partie du fruit de leur travail est ainsi détourné au détriment de leurs compatriotes. Les Français subissent, donc.

Mais au Monde, on réagit vivement quand un prétendu volontaire du GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés) les appelle à la rescousse afin d’accueillir dans leurs locaux « 43 migrants en situation de détresse »

« Vous imposez pas ça aux gens (…) »« ils n’ont rien à y faire », décrète-t-on en raccrochant au nez. Et nous qui pensions que pour Le Monde« les migrants étaient une chance »