Gendarme 1

Une patrouille de gendarmerie a été violemment agressée jeudi matin à proximité de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, par un groupe d'individus masqués et armés. Un militaire a été légèrement blessé et un véhicule incendié.

La situation semble se tendre à Notre-Dame-des-Landes. Ce jeudi, en milieu de matinée, deux gendarmes de Chateaubriant assistent un huissier pour une expulsion de locataires ne payant plus leur loyer dans une maison de l'Épine, un lieu-dit à proximité de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, c'est-à-dire la «Zone à défendre» qu'occupent depuis 2010 des dizaines de militants contre la construction d'un nouvel aéroport. «Une intervention courante et tout à fait normale», explique-t-on à la direction régionale de gendarmerie des Pays de la Loire.

C'est alors que surgit un véhicule. À son bord environ 5 personnes, masquées, gantées et armée. L'un d'eux tir avec un pistolet à bille de type airsoft sur l'un des officiers, le blessant légèrement au bras. Les autres, au même moment, pulvérisent à coups de battes de baseball les vitres de la fourgonnette de service, avant d'y mettre le feu par un tir de fusée de détresse.

«La scène n'a duré que quelques secondes, mais on a frôlé le drame, rapporte la même source. Le gendarme visé se trouvait en position de légitime défense, il aurait très bien pu se servir de son arme et tuer son agresseur». Aussitôt, des renforts ont été dépêchés de Châteaudun et de Nantes, soit une soixantaine d'hommes, ainsi qu'un hélicoptère pour pouvoir retrouver les agresseurs. Mais bientôt, les forces de l'ordre ont fait face à un deuxième assaut, cette fois au niveau d'un carrefour ; une quinzaine d'individus armés de frondes et de bâtons ont surgi des bois en provenance de la ZAD. Les gendarmes sont parvenus à les disperser, mais sans pouvoir procéder à des interpellations.

«Un jour nous les prendrons»

Une enquête a été ouverte par le parquet de Saint-Nazaire pour destruction de véhicule par incendie et violences en réunion envers dépositaires de l'autorité publique. Deux personnes ont également été placées en garde à vue dans la soirée de jeudi, deux des locataires qui devaient être expulsés: une mère et son fils de 19 ans. «Ils ont eu une attitude plus qu'incitative pendant l'attaque. On les soupçonne également d'avoir prévenu les agresseurs», explique le colonel Didier Marconnet, commandant de gendarmerie des Pays de la Loire. Les deux suspects ont finalement été relâchés dans la soirée. Le parquet n'a pas retenu la préméditation, estimant qu'ils avaient prévenus les agresseurs dans un accès de panique.

«Cette attaque est inacceptable, et je mets tous les moyens en œuvre pour retrouver les auteurs», ajoute-t-il, soulignant ne pas douter qu'il s'agisse de zadistes. «Le mode opératoire est en tout point le leur, surtout avec l'utilisation d'une fusée de détresse, l'une de leurs armes de prédilection.» Sur l'un des sites internet du mouvement, un message posté le 20 août salue cette agression: «Nous n'avons pas besoin ‘d'encouragements' pour prendre plaisir à faire cramer une voiture de keufs et saboter votre sale besogne», peut-on lire.

Le dernier incident en lien avec les zadistes de Notre-Dame-des-Landes remonte à novembre 2014.Une quarantaines d'individus avaient alors saccagé les locaux de la gendarmerie de Sautron. Depuis, les militants semblaient s'être apaisés. «L'occupation du site est très fluctuante, avec un caractère hétéroclite, nous n'avons rien contre les agriculteurs ou même les militants écologistes, ce qui nous inquiète ce sont les noyautages anarcho-libertaires, dont les membres rêvent seulement d'en découdre avec les forces de l'ordre», avoue le militaire.

Dans un communiqué Jacques Auxiette, président socialiste de la Région des Pays de la Loire, et du Syndicat Mixte aéroportuaire, a fait savoir sa «solidarité totale à l'égard de l'ensemble des forces de l'ordre présentes sur le territoire, des habitants du territoire, des élus, partisans ou opposés au projet.» Il ajoute: «Je suis complètement écœuré face à de tels agissements! Je réitère mon souhait de voir l'état de droit rétabli. Sur notre territoire, l'intimidation ne fonctionne pas

Mais pour l'heure les autorités n'envisagent pas encore de se rendre sur le site d'occupation pour d'éventuelles interpellations ou perquisitions. «Nous ne voulons pas créer de nouveaux troubles, notre première préoccupation c'est de penser à la sécurité des populations civiles alentour», explique le colonel Marconnet. Pourtant, il l'assure: «Le temps joue en notre faveur, nous les connaissons quasiment tous, des procédures de justice ont été lancées, et un jour nous les prendrons!»

Début juillet le tribunal administratif de Nantes a rejeté l'ensemble des recours déposés par les opposants au projet d'aéroport. Dans la foulée, Manuel Valls avait annoncé la reprise prochaine des travaux.

Par Romain David le 21/08/2015

Le Figaro