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L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma    connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.
 
Par Pierre Mylestin le 25/09/2015

À la veille des élections régionales, la liste des transfuges vers le Front national s’allonge de jour en jour. Le nouvel observateur pourra aisément distinguer, à sa droite, les trahis du haut, anciens encadrés chez Les Républicains, désenchantés par des promesses kärchérisées, et à sa gauche, les trahis du bas, la plèbe des gommés de Terra Nova.

Pourtant, en dépit des vents favorables au FN, malgré le bellicisme acariâtre et faisandé – somme toute d’assez bon augure – de l’acrimonieuse smala des thuriféraires du feu front républicain, il semblerait qu’il manquât un ingrédient de qualité (une cerise sur le gâteau) pour offrir à ce parti étiqueté systématiquement, par la caste du système, du doux sobriquet de « populiste », une certaine légitimité intellectuelle, artistique ou médiatique qui lui fait, nous dit-on, cruellement défaut.

Un philosophe de gauche affublé de nauséabondes idées réactionnaires de droite, l’épicurien Michel Onfray, dans l’arène d’« On n’est pas couché », a lancé, en guise d’appât à ses cerbères gémellaires, qu’au FN « il n’y a pas une seule figure médiatique, un sportif, un écrivain » pour lui accorder cette légitimité morale si convoitée ; cette authenticité – fût-elle intellectuelle, artistique ou médiatique – étant, comme on le sait tous, le privilège exclusif des zélateurs du camp du bien ; la sainte gôche progressiste.

L’intention est bonne, la tâche plus ardue, car après le Golgotha de la dédiabolisation, inclure le gotha de la médiatisation serait encore plus téméraire. Pour commencer, il faudrait trébucher sur la perle rare qui ne veuille pas quitter la France, rendre son passeport français, s’exiler définitivement ou retourner au bled en cas de victoire du Front National. Car, bientôt fuyant les régions où le FN risque de l’emporter, du nord au sud, des hordes de migrants intellectuels, César, Molière et Palme d’or sous les bras, iront grossir les rangs de ceux qu’ils défendent à travers leurs monologues lénifiants.

Tous ces acteurs, ces actrices, chanteuses et maîtres-chanteurs de la bonne conscience, ces sportifs recyclés, intellos recalés, ces intermittents de la pensée, tous ces fils de, leurs ex et les ex de leurs ex, cette grande famille monoculturelle, ce cheptel de consanguins idéologiques politico-médiatiques, subsidiés, formatés, ce « monde de la culture qui n’est pas acquis au thèses du FN », feraient-il, en fin de compte, office d’alibi moral idéal pour le parti de Marine Le Pen?

Evidemment que oui.

Mais à l’extérieur du FN, il va de soi.

Car il est fort à parier que les sempiternels discours de propagande de toutes ces caricatures moralisantes à son encontre, de plus en plus prévisibles, ridicules et oniriques, de moins en moins audibles, sont la meilleure preuve de probité dont puisse jouir le parti qui pourrait être, en cas de victoire, responsable du retour des heures les plus sombres, et patati et patata.

Pas une seule figure médiatique au FN ? Et bien, tant mieux, c’est tout à son honneur !