Blanc

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma    connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.
Par Elisabeth Lévy le 16/10/2015

Les Blancs, ça n’existe pas, mais il y en a trop partout – à l’Assemblée, dans l’entreprise et, bien entendu, à la télé. Cet heureux oxymore qui constitue le cœur du credo antiraciste vient d’être illustré spectaculairement par le CSA. Quelques jours après que toute la France convenable s’était étranglée de rage parce que Nadine Morano avait parlé de « race blanche », le « gendarme de l’audiovisuel » – qui ne traque rien d’autre que de supposés dérapages langagiers – tance la télévision française, coupable de ne montrer que 14 % de « personnes perçues comme non blanches » – non, je n’invente rien, c’est la terminologie employée par nos supposés sages. Et en prime de ne pas montrer sous un assez bon jour les perçus-comme-non-blancs, plutôt délinquants que médecins, plus souvent seconds rôles que héros.

La madame Diversité du CSA, Mémona Hintermann, a donc fait la tournée des popotes médiatiques pour déplorer que les télés aient « peur de montrer des Noirs et des Arabes » – elle doit être très colère, Mémona, pour oublier de faire usage des périphrases stupides dictées par les bonnes manières progressistes. Quant à madame Ernotte, la nouvelle patronne de France Télévisions, elle annonçait le Grand soir multiculturel il y a un mois : « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que cela change. » Mais pour l’instant, il semble qu’elle ait exclusivement recruté des mâles blancs. Il est vrai qu’ils sont jeunes et de gauche, ce qui efface un peu la pâleur de leur teint.

Je ne sais pas si on résoudra la crise de l’intégration en obligeant la télévision à faire la propagande du monde métissé où se dissoudront demain nos vieilles identités. Quoi qu’il en soit, on ne se demandera pas ici s’il est vrai qu’il n’y a pas assez de ceux-ci et trop de ceux-là sur nos écrans. Et pas non plus si Nadine Morano a commis une erreur, une faute ou un crime impardonnable en parlant de « race blanche ».

Le plus intéressant, en l’occurrence, c’est la contradiction évidente qu’il y a à dénoncer Morano tout en applaudissant le CSA. Je vois venir les puristes : la « race blanche », ça n’existe pas, c’est la science qui le dit. En effet, et Morano aurait dû parler de groupes ethniques ou d’origines. On pourrait se féliciter que tant de Français soient si sensibles à la précision de la langue. Sauf que le tombereau d’injures qui s’est déversé sur la Madame Sans-gêne de la droite n’avait pas grand-chose à voir avec ses approximations scientifiques. Ce qu’on lui a reproché, c’est de voir des différences que tout le monde voit (par exemple entre une personne perçue comme blanche et une autre perçue comme pas blanche) mais sans s’en émerveiller bruyamment, ce qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. En clair, on ne peut voir la diversité ethnique que pour l’exalter.

Dans ces conditions,  le CSA a le droit et même le devoir de compter les Blancs et les Noirs. Vous êtes perdus ? En réalité, c’est très simple : les différences n’existent pas mais elles sont le sel de la terre. En conséquence, on a le droit de distinguer les Blancs des autres mais pour claironner que les uns sont trop nombreux et les autres pas assez. Ainsi, personne n’aurait embêté madame Morano si elle avait dit, par exemple, que la France devait cesser d’être un pays de race blanche.

Du reste, il est très tendance de compter les Blancs pour s’endormir : ainsi a-t-on appris ces jours-ci par un édifiant article du Monde que les théâtres français étaient eux aussi « trop blancs ». Curieusement, on n’imagine pas un de nos innombrables « sages » se plaindre de l’hégémonie « non-blanche » dans le rap ou le R&B.

Que ces questions d’origine, de couleur de peau et d’ethnies soient plus que délicates et qu’elles demandent donc de la délicatesse, nul n’en disconviendra. Tout le monde sait bien qu’à l’œil, la population de Paris et celle de Dakar ne se ressemblent pas, mais on évite de trop en parler et on a raison. Seulement, ce qui se joue là et dans de multiples autres occasions a plus à voir avec la dinguerie qu’avec la délicatesse.

Si on trouve légitime de compter les Noirs et les Arabes à la télé pour conclure qu’il n’y en pas assez, il ne faut pas s’offusquer quand certains les comptent dans le métro pour décréter qu’il y en a trop.

À moins bien sûr de considérer qu’il y a un racisme détestable qui s’en prendrait aux Noirs, Arabes et assimilés et un autre, acceptable, qui viserait les Blancs.

Mais quelle personne sensée penserait une telle stupidité ?