Marine trop convaincante

Marine Le Pen ne perturbe pas que les élections et les sondages. Sa présence dans les médias fait aussi débat. À propos notamment de son invitation à l’émission politique de France 2 Des Paroles et des Actes le 22 octobre. Ainsi Jean-Christophe Cambadélis, n°1 du PS, et Xavier Bertrand, adversaire LR/UDI de la présidente du FN aux régionales, ont-ils protesté l’un et l’autre contre cette invitation : « inadmissible » selon le premier, cette invitation « signifierait tout simplement que France Télévisions a volontairement choisi de favoriser Mme Le Pen » pour le second qui a écrit des lettres à la présidente de France Télévision et au président du CSA pour leur demander de faire « désinviter » Marine Le Pen.

L’animateur de l’émission David Pujadas a défendu le principe de cette invitation, en usant d’arguments inégalement convaincants : il a rappelé qu’en termes de temps de parole télévisé, le FN se situait, d’après le décompte du CSA, à 12% sur les trois dernières années soit « la partie basse de la fourchette autorisée», et que sa présidente avait été invitée pour la dernière fois à DPDA voici 18 mois. Et il a aussi dit que son émission avait besoin de « personnalités politiques d’envergure » et que seule Marine Le Pen, au sein du Front, présentait cette dimension : merci pour Florian Philippot et Marion Maréchal Le Pen !

La terrible frustration de Xavier Bertrand…

De toute façon, le fond de l’affaire n’est pas dans les lettres de Xavier Bertrand, ses invocations à l’»équité » ou au pluralisme médiatique. Le maire de Saint-Quentin et ex-ministre de Sarkozy, en effet, affronte la présidente du FN dans la région française la plus scrutée par les observateurs politiques, le Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Où tous les sondages le montrent nettement distancé au premier tour, et battu au second. Or Xavier Bertrand a, comme une bonne dizaine de pontes des Républicains, des ambitions présidentielles, et dans l’immédiat est candidat à la primaire de son parti. Un échec aux régionales signifierait pour lui la fin, ou le report aux calendes grecques de ses ambitions présidentielles. Il a donc besoin d’exister médiatiquement, vis-à-vis de sa rivale. Par exemple en débattant avec elle sur le plateau de Des Paroles et des Actes.

Oui mais voilà : Marine Le Pen n’a pas l’intention de lui faire cette courte échelle politique. Ce serait un cadeau empoisonné d’ailleurs, dans la mesure où M. Bertrand ne s’est pas imposé jusqu’à présent comme un redoutable débatteur. Du reste Marine Le Pen a déjà répondu qu’elle participerait à cette émission « comme présidente du FN, pas comme candidate aux régionales ». « M. Bertrand, a-t-elle ajouté, ne représente que lui-même et a été plus invité dans les médias que moi au mois de septembre ». La présidente du FN a nié vouloir choisir son contradicteur, comme elle en a cependant le droit, ainsi que l’a rappelé David Pujadas pour qui si un Valls ou un Sarkozy refuse de débattre avec Marine Le Pen, on ne peut reprocher à cette dernière de refuser à son tour certains face à face.

… et l’opportun forfait de Valérie Pécresse

Une chose est sûre, Marine Le Pen ne débattra pas non plus avec Valérie Pécresse, tête de liste LR/UDI/Modem région Ile-de-France. Mais là ce n’est pas de son fait : pressentie jeudi 15 octobre par France 2 pour affronter la présidente du Front, Mme Pécresse a refusé par « solidarité » avec Xavier Bertrand. Peut-être aussi par pleine conscience de sa « fragilité » politique face à une redoutable débatteuse. On la comprend : quiconque a assisté à une prestation de cette soporifique politicienne abonnée à tous les poncifs du politiquement correct ne peut que lui déconseiller pareille aventure !

Au fait, Xavier Bertrand se consolera avec la déprogrammation subite de Marine Le Pen du 12/13 de France 3 dimanche, le 18 octobre. Jeudi, le journaliste Francis Letellier annonçait sur son compte twitter la participation de Marine Le Pen. Et vendredi, sans donner aucune explication, il l’avait « remplacée » par Nicolas Dupont-Aignan.

Des explications, guère convaincantes, la direction de France 3 a fini par en donner : elle jugerait « malencontreux » l’» accumulation » des passages de Marine Le Pen sur les chaînes de France Télévision (le 5 octobre dans C Politique sur France 5 et donc le 22 dans DPDA sur France 2). En parlant d’» accumulation », le Journal du Dimanche tangue actuellement à propos de la une de son numéro du 11 octobre, consacrée à la présidente du FN avec le titre suivant : « Un Français sur trois prêt à voter pour elle ». L’AG des salariés, l’actionnaire principal Arnaud Lagardère et le président du groupe de presse éditeur du JDD Denis Olivennes reprochent cette une, avec des raisons différentes, à l’actuel directeur Jérôme Bellay.

De quoi sont-ils si mécontents au fait, de cette une, ou de la réalité politique et électorale qu’elle traduit ?

Régionales 2015