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L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma    connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.
Par Arnaud Florac le 24/10/2015

Ainsi donc, le dernier opus d’Astérix serait raciste. Comme le souligne la dernière livraison de l’Express, les Noirs y auraient « la lèvre charnue et l’accent prononcé ». Les personnages d’origine africaine n’y auraient le plus souvent, que des rôles d’esclave. On frémit à l’idée que ces cases nauséabondes/rances/d’un autre temps (rayez le cliché inutile) pourraient tomber entre les mains de nos chères têtes… j’allais dire blondes, mais je me demande si c’est bien le moment.

Prenons les choses dans l’ordre. Les aventures d’Astérix sont des œuvres écrites par Goscinny qui était un homme brillant et cultivé, qui insérait à l’usage de ses lecteurs des références à la culture classique (vraies citations latines, blagues en grec ancien sur les bas-reliefs) et des divertissements plus accessibles (noms des personnages, décalque des événements récents, etc.) ; un millefeuilles culturel entre humour potache, anachronisme et esprit français.

Seulement voilà : à l’époque, et même jusque dans les années 1990, la France était grosso modo « un pays de race blanche » et on pouvait encore outrer les clichés. On se reportera, chez Hergé, aux pages censurées de Tintin au Pays de l’Or Noir, avec des militants juifs de l’Irgoun au nez franchement crochu, et même plus tard, dans les années 80, au réquisitoire de Desproges contre Yannick Noah au Tribunal des Flagrants Délires (sur France Inter, radio publique, et sous un pouvoir socialiste…). Pourquoi alors cette irruption de la question raciale dans une bande dessinée grand public ?

J’y vois deux raisons : d’abord, un problème avec le réel. Si vous voyagez en Afrique, vous vous apercevrez peut-être que certaines personnes de couleur ont la peau foncée. A l’inverse, dans certains endroits de France, vous constaterez qu’il n’en est pas de même. Si les clichés ne s’appuyaient que sur l’imagination, on les appellerait peut-être des mensonges. Par ailleurs, la traite des Noirs est bien plus ancienne que le commerce triangulaire, ce qui explique peut-être que les Noirs tiennent parfois, à l’époque d’Astérix, où leur seul contact avec le monde blanc était l’esclavage, des rôles d’esclave.

La deuxième raison est plus inquiétante. Astérix, guerrier gaulois résistant aux Romains, est un exemple de falsification du réel typiquement française : « on a perdu, mais on aurait pu imaginer qu’on aurait pu gagner». Comme après-guerre en fait, c’est-à-dire à l’époque d’Astérix, où on avait besoin de plus d’un Goscinny pour nous faire oublier que peu de Français avaient bu de la potion magique face aux Allemands.

Mais aujourd’hui, quelle est la légitimité d’un Astérix franchouillard ? En quoi est-il représentatif de notre imaginaire collectif ?

Dans les années 60, on pouvait imaginer un village de Français bagarreurs, hâbleurs, bordéliques, aimant la guerre, et craignant leurs dieux et la colère de leurs femmes ; mais aujourd’hui ? La vérité, c’est qu’Astérix ne devrait pas se contenter de supprimer ses personnages noirs caricaturaux : il ne devrait peut-être même plus être blanc.

Quelque chose comme :

En 692 avant le Prophète, toute la Gaule est occupée par les Romains. Toute ? Non ! Quelque part dans le Neuf Cube, la cité des Poètes résiste encore et toujours à l’envahisseur. Abdel le Gaulois, d’origine maure, est un guerrier rusé, qui fume beaucoup d’herbe magique devant la cage d’escalier de sa hutte ; avec son ami Boubacar le Numide, une force de la nature, livreur de kebabs, ils ne manquent pas une occasion de mener la vie dure aux Romains. Killian le barde, un babtou fragile, a été égorgé sur le parking la semaine dernière parce que c’est haram d’écouter de la musique. Bonemine, voilée jusqu’aux yeux, ferme enfin sa gueule. Enfin, depuis qu’Omar le druide du village, un sage vénérable qui porte une longue barbe et un kamis, leur a défendu de chasser le halouf, nos amis Gaulois consacrent tout leur temps à s’attaquer aux Romains. Et la vie est dure pour les CRS et la BAC des camps retranchés de Bagaroforum, Valium, Garatonscrotum et Sorsitéunhum…

Ça a quand même plus de gueule…