Pellerin PS

Boulevard Voltaire

Par Gabriel Robin, secrétaire général du CLIC le 30/10/2015

J’aimerais citer « Ton style », mais la puissante police du politiquement correct n’apprécierait guère ce texte d’un autre âge, quand la « liberté de création » n’était pas un mantra vide de substance. Je me contente donc de rappeler ces quelques mots d’un autre chef-d’œuvre de Léo Ferré :

« Avec le temps…
Avec le temps va tout s’en va
Mêm’ les plus chouett’s souv’nirs ça t’a un’ de ces gueul’s
A la Gal’rie j’Farfouill’ dans les rayons d’ la mort
Le samedi soir quand la tendress’ s’en va tout’ seule
Avec le temps…
Avec le temps va tout s’en va »

Avec le temps, Versailles deviendra un hôtel pour riches touristes qataris. Avec le temps, le français sera une langue morte, remplacée par plusieurs sabirs : le parler des banlieues, l’anglo-français technocratique de Bruxelles, et l’anglo-français « pipole » des bancs des défilés de mode. Avec le temps, l’élection sera morte au profit d’une émission de télé-réalité de la politique ; pour garder François Hollande en cinquième semaine, votez 1 au 36 18 (un euro la minute à partir de la deuxième). Avec le temps, les installations artistiques seront confondues avec des déchets par des femmes de ménage zélées. Avec le temps, les femmes pauvres seront payées pour porter les enfants parfaits génétiquement modifiés de l’hyper-bourgeoisie nomade. Avec le temps, le peuple de France n’existera plus. Avec le temps, la France sera un souvenir pour vieux nostalgiques.

Avec le temps, le patrimoine national ne sera plus protégé. Fleur Pellerin le propose dans son funeste projet de loi « Liberté de création, architecture et patrimoine », voté en première lecture à l’Assemblée nationale. Comme l’indique Éric Conan, journaliste à Marianne, à la suite du Collectif Culture dont j’assure les fonctions de secrétaire général, la législation relative à la protection du patrimoine, jamais remise en question pendant plus d’un siècle, est aujourd’hui menacée.

Dans un premier article pour Boulevard Voltaire, daté du mois de juillet, j’avançais qu’il était scandaleux que les architectes des Bâtiments de France soient dépouillés de leur pouvoir. Monuments historiques, secteurs sauvegardés et zones de protection du patrimoine architectural et urbain seront supprimés pour faire place à l’appellation unique de « Cité historique ». Pire : l’accord des architectes des Bâtiments de France, fins connaisseurs et protecteurs du patrimoine, ne sera plus requis pour modifier les protections.

Notre patrimoine sera donc livré aux intérêts locaux, aux spéculateurs. Les collectivités locales n’ont d’ailleurs ni le temps, ni le personnel, ni les moyens pour assurer ces missions correctement. Les services seront soumis à la pression des promoteurs et autres investisseurs. « Aujourd’hui, il faut repenser l’accès aux arts et à la culture à l’aune des nouvelles générations, en partant de leurs codes, de leur désir d’expression. S’appuyer sur leurs pratiques culturelles spontanées », déclare le ministre aux « réacs », aux empêcheurs de penser en rond, à ceux qui ne haïssent pas le passé.

Pourtant, en ces temps incertains, je ne suis certain que d’une chose : mon histoire, notre histoire.

Frédéric Mistral disait que « les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent le plus haut ». Fleur Pellerin a décidé de ne plus protéger nos racines, elles pourront être coupées par les spéculateurs. Tous les anciens le savent : l’argent ne pousse malheureusement pas comme les arbres.