Bourgogne et Franche-Comté

C'est le défi d'un mariage presque forcé qui attend la nouvelle région Bourgogne-Franche-Comté: Besançon, autrefois capitale régionale de Franche-Comté devra s'effacer au profit de Dijon, ce qui ne se fait pas sans remous. En effet, cette nouvelle grande région doit marier des territoires très dissemblables culturellement, sociologiquement et politiquement: une majorité des habitants interrogés se disent d'ailleurs insatisfaits du découpage. L'abstention risque d'être l'une des plus élevées en France, alors que seulement 51 % des électeurs de Bourgogne-Franche-Comté se disent intéressés par le scrutin, soit 5 points de moins que la moyenne nationale. Les deux conseils régionaux qui composeront la future région sont actuellement aux mains du PS qui pourrait avoir quelques difficultés à les conserver.

Le président socialiste de l'actuelle région Bourgogne, François Patriat, a décidé de laisser le champ libre à son homologue de la Franche-Comté, Marie-Guite Dufay. Pour elle, la partie est loin d'être gagnée: seule femme présidente de région, élue depuis 2008, cette proche de Martine Aubry est créditée, selon le dernier sondage BVA, 34% des voix au second tour, derrière la droite. Elle pourrait notamment faire face à une dissidence socialiste d'élus bourguignons. Plus à gauche, la liste d'union PCF-PG-MRC-Nouvelle Donne menée par la communiste Nathalie Vermorel rassemblerait 8% des suffrages. Cécile Prudhomme, d'Europe Ecologie-Les Verts, est créditée de 5%.

Menée par François Sauvadet, la liste d'union de la droite et du centre pourrait emporter la présidence du futur conseil régional. L'ancien ministre, encarté à l'UDI, est l'un des trois bénéficiaires de l'accord national passé avec Les Républicains, et qui octroie trois têtes de liste centristes sur les 13 régions. Il fait la course en tête avec 36% des intentions de votes au second tour. Sauvadet sera secondé par le sarkozyste Alain Joyandet, qui s'est résolu à céder la tête de liste à son allié. Il mènera la liste départementale en Haute-Saône, et espère se consoler en jouant un rôle plus en vue chez les Républicains sur le plan national.

Le Front National a connu une forte poussée à l'Est de l'axe Rhin-Rhône notamment, où l'économie est particulièrement sinistrée. La liste frontiste sera emmenée par Sophie Montel qui avait déjà semé la panique à l'occasion de l'élection législative partielle de février 2015, en accédant au second tour. Elle est créditée de 30% des intentions de vote et arriverait donc en troisième position au soir du second tour.

Voisine de la Suisse et non loin de l'Ile-de-France, la grande région Bourgogne-Franche-Comté bénéficie d'une place privilégiée. Quel est l'enjeu économique de la fusion de la Bourgogne avec la Franche-Comté? «Conforter une économie industrielle tournée vers l'extérieur», indique Gilles Curtit, président de la Chambre de commerce et de l'industrie de la région (CCIR) Franche-Comté.

La Bourgogne Franche-Comté détiendrait en effet le deuxième solde commercial positif, après la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, à 3,7 milliards d'euros. Les principaux secteurs contributeurs? L'automobile, les machines et équipements, la sidérurgie et les boissons, surtout le vin. La région est donc marquée par l'importance du secteur industriel. Plus d'un salarié du privé sur quatre y travaille, détaille un document des CCIR des deux régions. Ainsi, la Bourgogne-Franche-Comté est-elle la plus industrielle des futures régions françaises en termes d'emplois.

Le site historique de PSA Peugeot-Citroën, implanté à Sochaux, accueille un grand nombre de salariés. La région compte aussi le géant des transports Alstom. Un des groupes, leader mondial de la chimie, Solvay, est implanté dans le Jura. En matière d'industrie agro-alimentaire, de grandes entreprises telles que Bigard SA, Yoplait, Senoble France ou encore les Fromageries Bel sont présentes.

La Bourgogne Franche-Comté est aussi un territoire à fort ancrage agricole. Les nombreuses filières contribuent à la renommée internationale de la région: élevages bovins laitiers, production de viande (Montbéliardes, Charolaises), grandes cultures (céréales, colza, blé), filières laitières, etc. Sans oublier les vins, notamment les 100 appellations en Bourgogne.

L'est de la région plus dynamique

La Bourgogne-Franche-Comté est un centre d'excellence dans le développement et la production énergétique, peut-on lire sur le site des deux régions réunies. Le nord de la future entité accueille ainsi General Electric Energy. La filière hydrogène est particulièrement développée avec Mahytec. L'éolien est représenté par une soixantaine d'entreprises ainsi que la filière nucléaire par un pôle de compétitivité dédié en Bourgogne. Quant à l'usine Areva NP de Chalon/Saint-Marcel, elle produit des équipements lourds pour les centrales nucléaires du monde entier.

En plus du Pôle nucléaire de Bourgogne, la future région est dotée de quatre autres pôles de compétititivité sur le bien-être par l'alimentation, les microtechniques (biomédical, sûreté, défense), la plasturgie, les véhicules et mobilités du futur. La région est à la pointe de l'innovation.

La Bourgogne-Franche-Comté forme un territoire peu dense. La majorité des 25 communes de plus de 10.000 habitants est localisée sur l'axe Rhin-Rhône. Seules Dijon (152.100 hab.) et Besançon (116.400) dépassent les 100.000 habitants. Puis vient Belfort (50.102). Le territoire est coupé en deux par l'axe Dijon-Mâcon. À l'est, il est plus dense, plus jeune et plus dynamique. La proximité de la Suisse, attractive par ses emplois, joue un rôle structurant. La présence de grands axes routiers et autoroutiers favorise la dynamique entre les grands pôles urbains de cette partie que sont Dijon, Chalon-sur-Saône, Beaune, Besançon, etc. La région compte 14 gares desservies par le TGV. Elle compte 451 kilomètres de Ligne à Grande Vitesse, 868 kilomètres d'autoroutes et 1951 kilomètres de ligne TER.

Par Marc de Boni le 02/11/2015

Le Figaro