Dollars tourbillon

Communiqué de Loup Viallet, secrétaire général du Collectif Mer et Francophonie du 12/11/2015

A la demande du Conseil européen, se tient depuis hier un sommet international à la Valette, capitale de Malte. Réunis pour trouver des solutions à la crise migratoire, les dirigeants africains et européens devraient signer une déclaration commune dans la journée. Sans aucun doute, l’organisation d’une conférence internationale où sont représentés les pays de « départ » et d' »arrivée » des migrants, est incontournable pour poser un diagnostic et mettre en place une stratégie commune de sortie de crise. A condition cependant de ne pas reproduire des politiques qui ont conduit à transformer la Méditerranée en cimetière.

Or que peut-on espérer du sommet de la Valette, qui promet déjà de ne rien changer ? Les documents préparatoires à la rencontre indiquent qu’il s’appuie sur les processus de coopération déjà existants entre l’Europe et l’Afrique, « […] en particulier les processus de Rabat et de Khartoum relatifs à la migration et [au] dialogue Afrique-UE sur la migration et la mobilité ». Ainsi l’idée qui a présidé à la tragédie migratoire que l’on connaît et selon laquelle les migrations favorisent le développement des pays de départ, encadre-t-elle ce nouveau sommet international. Hypocrisie !

À Malte, l’UE déclare vouloir « s’attaquer aux causes profondes de la migration en œuvrant à la paix, à la stabilité et au développement économique » et Neven Mimica, commissaire européen en charge de la coopération, a annoncé le lancement d’un fond d’urgence de l’UE pour l’Afrique d’un montant de 1,8 milliards d’euros. Rien de nouveau sous le soleil : Mimica est un habitué des fonds d’urgence. D’un montant de 1,15 milliards, le dernier à été lancé en juillet à destination des pays d’Afrique de l’Ouest pour les mêmes raisons. Une initiative qui semble avant tout destinée à affaiblir, au profit de la Commission, le rôle des Etats dans la coopération internationale, à un moment où ceux-ci se désengagent de cette prérogative. Ainsi l’aide publique au développement des plus grands pays donateurs a-t-elle diminué pour la quatrième année consécutive, la France n’y engage désormais plus que 0,36% de son RNB alors que l’objectif défini par l’ONU est fixé à 0,70%.

Ces 1,8 milliards, pas plus que les 1.15 milliards de juillet, pas plus que les 6.5 milliards de fonds d’accompagnement de l’accord de libre-échange APE adoptés l’an dernier entre la CEDEAO et l’UE, pas plus que les 5.5 millions d’euros consentis en septembre dernier pour lutter contre la prolifération des armes légères, ou les 50 millions d’euros consentis en 2013 sur ces mêmes questions de sécurité sous-régionale, ne pourront résoudre le problème de la libre-circulation des armes et des combattants ou des migrations massives depuis un espace où l’UE appuie l’abattement des frontières et des nations en étendant son marché.

La seule réponse politique viable et efficace doit procéder des Etats et s’attacher à résoudre les causes profondes de la crise migratoire : mal-développement des sociétés africaines et attractivité des pays européens pour les migrants économiques (en France, elle se matérialise notamment par l’AME et la solidarité diasporale, qui garantissent aux migrants une couverture maladie gratuite et des transferts de fond incitatifs). Pour garantir le retour des migrants et leur enracinement dans leurs pays d’origine, elle doit donc viser à restaurer la place des frontières dans l’organisation des échanges internationaux tout en changeant radicalement d’approche sur la mobilité et le développement.

Le COMEF en appelle donc à un nouveau sommet international qui aurait comme objet l’émancipation des pays de nos deux continents, Europe et Afrique, du dogme ultralibéral qui étouffe les marchés locaux et nationaux, détruit les agricultures familiales en précipitant des centaines de milliers de personnes sur la voie meurtrière de la migration transméditerranéenne. C’est par la coopération d’Etats souverains favorisant l’émergence et la croissance des marchés intérieurs, seuls capables de soutenir une industrie et une économie inclusives, que les populations africaines et européennes pourront se développer et conquérir leur prospérité sur leurs territoires, par leurs propres forces et talents.

Comef