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La présidente du Front National réclame une commission d'enquête parlementaire et accuse les gouvernements successifs de ne pas avoir résolu «les défaillances» depuis l'affaire Merah.

Son nom apparaît à la une du Time, avec dix-neuf personnalités internationales choisies par le magazine américain pour analyser la situation après les attentats du 13 novembre à Paris. Dans cette tribune, Marine Le Pen préconise la fortification des frontières nationales. Mais cinq jours après sa rencontre avec François Hollande à l'Élysée, elle confie son scepticisme au Figaro. «J'ai trouvé qu'il restait dans un aveuglement idéologique très dangereux, face à un certain nombre de domaines comme la nécessité des frontières pérennes et les énormes flux de migrants au sein desquels se sont infiltrés des terroristes».

Depuis cet entretien à l'Élysée, le chef de l'État a affiché sa détermination lors du Congrès de Versailles et le Parlement a voté une prolongation de trois mois de l'état d'urgence. Sans compter le renforcement des moyens de lutte contre le terrorisme, fruits de décisions politiques fortes, inimaginables la veille des attentats.

Si Marine Le Pen prend acte d'un tel effondrement des tabous dans le pays en matière sécuritaire, elle demeure cependant très réservée sur l'efficacité de la politique gouvernementale. «Le gouvernement se heurte au mur de la réalité et reprend une partie des mesures de bon sens que le Front National expose depuis de nombreuses années mais comme il n'a pas de vision claire du combat qu'il doit mener, il va rendre ces mesures inefficaces», accuse-t-elle.

Sur le plan international, elle se félicite du rapprochement avec la Russie, mais là encore, elle dénonce le temps perdu: «le grand problème de nos dirigeants politiques, qu'ils s'appellent Nicolas Sarkozy ou François Hollande, est qu'ils savent trop tard, comprennent trop tard et agissent trop tard». Elle déplore que le président ne soit pas revenu sur son «refus idéologique» de travailler avec les services de renseignement syriens. «Cet aveuglement, attaque-t-elle, a entraîné la très grave accusation portée par Bernard Squarcini», ancien patron du renseignement intérieur (DCRI), qui a affirmé que Manuel Valls, il y a deux ans, s'était opposé à l'obtention de la liste des djihadistes français opérant en Syrie au nom du refus de travailler avec les renseignements syriens.

Lorsqu'on l'interroge sur la consolidation en cours de l'arsenal législatif, Marine Le Pen réplique: «Ce qui a toujours manqué, ce ne sont pas les lois mais la volonté politique de les mettre en œuvre». Et pour illustrer son jugement, elle pointe deux exemples: la politique pénale «effroyablement laxiste portée» par Christiane Taubira et l'insuffisance de la lutte contre un fondamentalisme islamiste qui «pullule en toute impunité depuis plus de dix ans» sur le territoire français.

A ceux qui dénoncent les «contradictions» du FN qui s'oppose à deux outils de la lutte antiterroriste, le fichier PNR (passagers aériens européens) et la loi renseignement (surveillance d'internet), Marine Le Pen répond que «la protection des libertés individuelles exige que les atteintes à cette liberté soit encadrées, soit par un contrôle du Parlement (ce qui est le cas en situation d'état d'urgence), soit par la justice. La loi renseignement et le PNR restreignent les libertés individuelles, sans contrôle et de manière définitive

«Commençons déjà par nous occuper des fichiers S, des 6000 personnes considérées comme extrêmement dangereuses en raison de leur radicalisation», clame-t-elle, en prônant le renfort des moyens dans la police et les renseignements, l'identification des financeurs de l'État islamique, le réarmement «militaire, politique et moral» du pays

Marine Le Pen accuse aussi Nicolas Sarkozy d'avoir fait de l'UOIF (Union des organisations islamistes de France) «l'interlocuteur privilégié de l'État». Or, dit-elle, «cette structure a des relations, pour le moins, complaisantes avec le fondamentalisme islamiste. Le salafisme, les Frères musulmans, le wahhabisme se sont répandus sur notre territoire, parfois même financés par nos collectivités locales ou territoriales», accuse-t-elle.

Alors que le commanditaire présumé des attentats de Paris, Abdelhamid Abaaoud, a pu circuler en Europe sans être repéré, Marine Le Pen réclame une commission d'enquête parlementaire qui, selon elle, aurait dû être constituée après les attentats de janvier. «La théorie du loup solitaire, évoquée après l'affaire Merah, en 2012, était un mensonge. Ces assassins étaient en réseau», accuse-t-elle encore. «Les défaillances n'ont pas été résolues par les gouvernements successifs. Ils ont désarmé et rendu vulnérable notre pays.»

Par Emmanuel Galiero le 21/11/2015

Le Figaro