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Par Gabriel Robin, secrétaire général du CLIC du 02/12/2015

Longtemps la presse quotidienne régionale abrita de grandes plumes, des grandes voix libres et indépendantes qui faisaient honneur au journalisme français. Ce temps là est-t-il révolu ? Oui si l’on en croit l’éditorial militant paru dans La Voix du Nord lundi 30 novembre. À quelques jours du premier tour des élections régionales, le grand quotidien nordiste s’est dévoilé sous son vrai visage, celui d’un journal militant qui rend service à ses généreux donateurs socialistes. Plutôt que d’informer les habitants du Nord-Pas-de-Calais, la Voix du Nord a décidé de les rééduquer sur le plan idéologique, de les infantiliser. Vous voulez voter pour les listes du Front National ? Vous êtes donc un enfant turbulent, un fasciste, un inculte ou au mieux un neuneu.

Interrogé dans Le Monde sur la subvention d’un million cinq cent mille Euros versée par le Conseil Régional, Jacques Hardoin, directeur général du groupe Roussel-La Voix qui édite le journal, répond de manière totalement hypocrite, en indiquant que : « La somme annuelle de 1,5 million d’euros dont parle Marine Le Pen n’est pas à proprement parler une subvention. Il se trouve que notre groupe est éditeur d’une télévision locale, Weo, dans le cadre d’un partenariat public-privé avec la région. Celle-ci assure un tiers du budget de fonctionnement de la chaîne. En contrepartie, Weo s’intéresse aux domaines de compétence régionale, par exemple aux lycées. Son activité est contrôlée par un comité d’éthique. » En somme, le groupe Roussel-La Voix touche plus d’un million d’Euros par an du Conseil Régional (convention courant jusqu’en décembre 2016 grâce à la générosité partisane des socialistes), mais ce n’est pas « à proprement parler » une subvention. Qu’est-ce donc alors ? Un prêt, un don, un salaire pour services ou sévices rendus ?

Plus loin, dans le même entretien, Jacques Hardoin déclare : « Un quotidien régional n’est pas un journal d’opinion et nos lecteurs n’attendent pas de nous une prise de position. Mais nous sommes au service des habitants de la région. » Il aurait dû préciser être au service des élus UMPS de la région, et représenter un journal n’ayant qu’une opinion : s’opposer bêtement au Front National sans autre argument que l’insulte gratuite.

En effet, l’éditorial de La Voix du Nord ne va pas aussi loin que les déclarations de François Patriat, véritable cas d’école pour psychiatres et président sortant du Conseil Régional de Bourgogne qui a dit que « Voter FN, c’est voter Daech », mais est tout aussi caricatural. Surtout, La Voix du Nord n’est pas connu comme étant le journal interne du parti socialiste ! À moins que les généreuses subventions qu’elle perçoit n’aient suscitées des vocations nouvelles de co-direction de la communication de Jean-Christophe Cambadélis en Nord-Pas-de-Calais Picardie

Cet éditorial digne de la Pravda devrait, dans un pays au fonctionnement sain, interroger la classe politique et susciter une levée de boucliers de tous les vrais démocrates. Il semblerait que ce ne soit pas le cas en France. Pire, La Voix du Nord fait même des jaloux. En témoigne ce tweet d’un élu « Républicain » (sic) de Millau dans l’Aveyron :

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La presse quotidienne régionale ignore généralement les candidats patriotes, les méprise. Mais gare lorsque ces derniers montent dans les sondages ! À ce moment là, les journalistes « indépendants » des grands quotidiens régionaux se muent en féroces chiens de garde des partis du système. Eh oui, la gamelle est trop bonne.

Nul besoin de les attaquer outre mesure, ces journaux sont en train de s’autodétruire. Bientôt, les médias officiels n’auront plus que leurs yeux pour pleurer car les Français sont de plus en plus nombreux à se ré-informer sur des médias en ligne ou sur les réseaux sociaux. Ils sont à la recherche d’informations et n’entendent pas être sermonnés. Un phénomène réjouissant qui va s’accentuer dans les années à venir. Surtout si la presse quotidienne régionale continue à être radicalement militante.

Collectif Culture, Liberté et Créations