Etat islamique VL

Malgré les frappes de la coalition internationale, leur nombre est passé en un an de 12.000 à plus de 27.000 avec un afflux en provenance d'Europe occidentale. Un tiers des arrivants sont francophones.

«Le phénomène (…) est véritablement mondial», avertit le think-tank américain Soufan Group. Venus d'au moins 86 pays, les djihadistes étrangers présents en Syrie et en Irak ont vu leur nombre passer de 12.000 en juin 2014 à 27.000, voire 31.000, cet automne. Il a plus que doublé «malgré les efforts internationaux pour contenir le groupe État islamique et réduire le flot de militants voyageant vers la Syrie», précise le dernier rapport de ce centre proche du renseignement, fondé par Ali Soufan, un ancien interrogateur du FBI.

C'est d'Europe occidentale et de Russie que les nouveaux djihadistes ont afflué en plus grand nombre au cours des dix-huit derniers mois. Daech compte maintenant 5000 recrues européennes. Ils n'étaient que 2500 en juin 2014.

Les Français pèsent pour un tiers avec 1700 volontaires.

Viennent ensuite les Britanniques et les Allemands - 760 - et les Belges - 470. Difficile de dire quel sera l'impact sur les départs au djihad des frappes françaises contre Daech en Syrie, relève toutefois Soufan Group.

Le nombre de combattants venus de Russie et d'Asie centrale a également explosé, de près de 300 %, à 4700, dont 2400 Russes. Leur traque est l'une des raisons avancées par Vladimir Poutine pour intervenir militairement en Syrie aux côtés du régime de Bachar el-Assad, Moscou craignant le retour d'un certain nombre d'entre eux, aguerris par des années de violences terroristes.

Ils sont justement entre 20 et 30 %, selon le rapport, à rentrer dans leur pays. 250 Français sont ainsi revenus dans l'Hexagone, à l'image de Samy Amimour, l'un des auteurs des attentats meurtriers de Paris, le mois dernier.

Par pays, c'est la Tunisie qui fournit - et de loin - le contingent le plus nombreux de djihadistes: 6000, selon le chiffre officiel (7000, selon d'autres sources). L'Arabie saoudite (2500) est en deuxième position, suivie de la Jordanie (2000). En dix-huit mois, les volontaires tunisiens ont doublé leur nombre, tandis que plus de 600 sont rentrés au pays. Une mauvaise nouvelle pour les autorités tunisiennes toujours incapables de juguler la menace posée par ces retours.

Les Turcs sont, eux aussi, de plus en plus nombreux à rallier le djihad chez leurs voisins syrien et irakien: entre 2 000 et 2 200, contre 400 seulement il y a dix-huit mois. Cette forte augmentation contredit l'affirmation selon laquelle Ankara a efficacement renforcé le contrôle des infiltrations à partir de son territoire.

D'où les pressions exercées par les États-Unis pour fermer la frontière turco-syrienne par où transite la très grande majorité des djihadistes étrangers. Au total, 86 pays envoient des djihadistes combattre essentiellement auprès de Daech en Syrie et en Irak. Des villes sont sureprésentées comme Bizerte et Ben Gardane en Tunisie, Derna en Libye, et Molenbeek en Belgique, d'où étaient originaires certains auteurs des attentats de Paris. Le nombre des djihadistes originaires de pays francophones atteint désormais près de 10.000, c'est-à-dire le tiers de la totalité de cette «légion étrangère» prête à en découdre pour établir un califat mondial.

Par Georges Malbrunot le 08/12/2015

Le Figaro