Immoral

En meeting mardi soir à Rochefort, dans la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes – c’est la seule région où l’ex-président de la République et toujours président des Républicains avait été invité à prendre la parole par ses candidats – Nicolas Sarkozy a donc osé déclarer à la tribune que le vote FN « n’est pas un vote contre la République  » et « n’est pas un vote immoral ».

Nous n’étions pas, quant à nous, travaillés par le doute, mais cette déclaration officielle de l’ex-chef de l’État traduit, mieux que de longues analyses, la nouvelle réalité politique française. À savoir que le Front National est devenu une force tellement incontournable qu’il n’est plus question, même pour celui dont le seul exploit politique demeurera de l’avoir « siphonné » à la présidentielle de 2007, de le stigmatiser. Et Sarkozy a fait mieux, ou pire pour l’establishment, en disant que le PS et le FN c’est la même chose. D’autant qu’en l’occurrence il ne voulait pas dire « blanc bonnet, bonnet blanc » mais que le FN a autant de légitimité que le PS.

Xavier Bertrand : « Taisez-vous Sarkozy ! »

Nous ne sommes évidemment pas dupes du pourquoi de ce brevet de « républicanisme » décerné au Front par Nicolas Sarkozy. Ce dernier qui ne sait plus de quel côté du spectre politique envoyer des sourires, pris en étau qu’il est entre sa gauche à lui (Juppé, NKM, Raffarin) et la progression foudroyante du Front, lutte désormais pour n’être pas « siphonné » lui-même électoralement.

Et, dans l’immédiat, son leadership déjà bien fragile est ouvertement battu en brèche depuis sa sortie de Rochefort. Xavier Bertrand, qui est vraiment devenu, pour reprendre une formule plus générale d’Éric Zemmour, « le meilleur candidat de la gauche, droite comprise », n’a pas hésité à sortir sur Europe1, cette diatribe d’une irrévérence inédite : « Qu’ils (les dirigeants LR se taisent ! (…) Si on ne peut pas vous enfermer, taisez-vous ! » Oui, vous avez bien lu, voilà ce que M. Bertrand dit à la radio de Nicolas Sarkozy !

Là encore, une telle sortie en dit plus long que toute autre étude sur l’autorité et la crédibilité du président des « Républicains » parmi les siens. Quant à Bertrand, au point de compromission politicienne où il est arrivé, il devrait mendier un strapontin de sous-secrétaire d’État à Manuel Valls, après le 13 décembre

Laissons le mot, ou l’analyse, de la fin à Marine Le Pen qui s’exprimait à ce sujet des dirigeants LR et de leurs contorsions politiques, elle aussi sur Europe1 : « Ils sont tous la caricature d’eux-mêmes. Honnêtement, c’est une bande de faux jetons. Ils changent d’avis selon leurs propres intérêts, ils disent tout et l’inverse de tout ». Une analyse qui se tient.

Régionales 2015