Hollande et Valls

Face à la perspective d'un recul gouvernemental, le Front National qui réclame depuis longtemps la déchéance pour les binationaux liés à la mouvance islamique, évoque un «mensonge», une «pantalonnade» et une tactique électorale de l'exécutif .

Si la déchéance de nationalité ne figure plus dans le projet de loi du gouvernement destiné à réformer la Constitution, le Front National votera contre. Au lendemain des attentats du 13 novembre, la présidente du FN avait exigé cette déchéance pour les binationaux liés à des «mouvances islamistes».

Lundi, face à la perspective d'un recul gouvernemental, Marine Le Pen a soupiré: «Nous avions encore raison, ils ne feront rien de durable et de construit contre le fondamentalisme islamiste. Il s'agissait d'une cynique annonce de campagne.» Pour les frontistes, le renoncement socialiste ne se limiterait pas au contenu d'une loi. Après l'émotion des attentats et un congrès de Versailles qui leur semblent déjà loin, ils ont le sentiment d'avoir été abusés par une succession de déclarations sans conséquences. «Nous constatons qu'ils ne font plus rien. C'est fini. Le combat est terminé», accuse Florian Philippot. Le vice-président du FN condamne des créations de postes de douane surévaluées, des contrôles aux frontières «interrompus», des fermetures de salles de prière «à l'arrêt» et un réarmement de l'État invisible.

Une tactique

Même sur le plan diplomatique, les frontistes pensent que le gouvernement n'est «plus très clair». Il ferait même machine arrière pour se rallier à une position atlantiste, croient-ils. «Manuel Valls est passé très vite à autre chose, déplore Philippot, les bonnes intentions n'auront duré que quinze jours. L'idéologie européiste et schengeniste a repris le dessus. C'est dramatique, on a l'impression qu'ils attendent le prochain attentat.» Le numéro deux du FN se désole également des «débats hallucinants» sur la déchéance de nationalité à gauche alors que cette mesure, aujourd'hui, est «massivement» soutenue par les Français, selon lui.

Le Front National réclame, depuis longtemps, la mise en place de la déchéance pour les binationaux. Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, il avait dénoncé des annonces «non suivies d'effets». Jean-Richard Sulzer, conseiller de Marine Le Pen, qualifie ce débat de «pantalonnade». Pour lui, la perte de nationalité est «parfaitement» constitutionnelle, comme l'a confirmé une question prioritaire de constitutionnalité le 23 janvier 2015. Le frontiste cite également trois articles du Code civil (25-1, 23-7 et 23-8) permettant aux autorités de déchoir «tout Français».

Pour Gilbert Collard, député RBM du Gard, le vote en faveur de la réforme est bel et bien compromis. «Une fois le son de l'urne passé, on trahit les engagements ronflants pris au nom de la défense du peuple, de la sécurité et des valeurs républicaines, attaque-t-il, cela souligne surtout la déchéance de ce gouvernement.» L'avocat voit également ce recul comme une tactique. «Les socialistes veulent absolument mettre dans leur poche les confettis électoraux des Verts», fustige-t-il en dénonçant une «propagande politique» orchestrée par des gens fonctionnant «sur le vide des mots».

Gilbert Collard blâme enfin le «mensonge» de François Hollande à Versailles. Selon lui, non seulement le chef de l'État ne s'était pas engagé «n'importe où» mais il savait que la déchéance de nationalité avait créé un «consensus» parlementaire. «La parole présidentielle est un fantôme», conclut le député, comparant le fonctionnement du Parti socialiste à celui d'une IVe République éternellement paralysée et impuissante.

Par Emmanuel Galiero le 21/12/2015

Le Figaro