Ajaccio Cité de l'empereur

Il est quand même formidable que l’Etat d’urgence serve à réprimer les manifestants corses plutôt qu’à empêcher le lynchage à mort des pompiers et des policiers la nuit de Noël. On comprend bien que le gouvernement soit très ennuyé. Très. Il ne gouverne quasiment rien en Corse. Pas plus qu’il n’a la moindre autorité républicaine sur les zones de non droit. Partant de là, la vendetta entre jeunes nationalistes corses et jeunes issus de l’immigration maghrébine risque d’être inédite, explosive et incontrôlable.

C’est un guet-apens criminel qui a été tendu à Ajaccio par les « jeunes » de la cité de l’Empereur (qui avaient déjà vandalisé une école et allumé plusieurs incendies dans la journée du 24 décembre). Quand les policiers et les pompiers arrivent sur les lieux de l’incendie volontaire, 60 voyous encagoulés les attendent aux cris de « Sales Corses de merde, on est ici chez nous ! ». Dans un « déluge de pierres et de barres de fer », décrit l’un des pompiers, « il y aurait pu y avoir des morts ».

Deux pompiers et un policier seront blessés. Mais pour ne pas troubler les valeurs du vivre ensemble de Noël, il n’y aura aucune interpellation. L’intervention des forces de l’ordre dure jusqu’à 2 h 45 vendredi.

Dans l’après-midi, 600 manifestants se rassemblent devant la préfecture d’Ajaccio pour afficher leur soutien aux pompiers et aux policiers et protester contre le laxisme des autorités. Ils montent jusqu’à la cité de l’Empereur, scandant « Arabi fora » (les Arabes dehors) et « On est chez nous ». Ou encore, croisant des femmes voilées : « On est en France, on l’enlève le foulard ».

Un groupe d’individus part saccager un lieu de culte islamique clandestin (officiellement, une « association marocaine sportive et culturelle »). Des exemplaires du Coran y sont partiellement incendiés.

Dès lors, cette expédition punitive « islamophobe et raciste » prend immédiatement le pas dans les médias et chez les politiques (et notamment via un tweet éloquent de Christiane Taubira qui choisit très clairement son camp) sur le lynchage des policiers et des pompiers et sur le « Sales Corses, cassez-vous, vous n’êtes pas chez vous ici ».

Les manifestations vont néanmoins se poursuivre samedi et dimanche avec des slogans toujours aussi corsés, scandés sans complexe sous les fenêtres des habitants des cités. A Paris, on est pris de malaises. Le préfet prend un arrêté d’interdiction de manifester jusqu’au 4 janvier dans le cadre de l’Etat d’urgence, sanctuarisant la cité de l’Empereur avec force renforts de CRS. Il en profite au passage pour relativiser le « climat d’insécurité dénoncé par certains » dans cette cité.

Déclaration aussi scandaleuse que mensongère : le quartier, dont plus de la moitié des habitants est d’origine étrangère, est classé « zone urbaine sensible » (ZUS) depuis bientôt vingt ans, livré au trafic de drogue, aux caillassages de policiers et aux incendies de voiture. Comme déclarait ce résident d’origine marocaine dimanche matin à l’AFP : « Les jeunes font la loi ici. Quand on leur dit quelque chose, c’est “ferme ta gueule sinon je brûle ta voiture”. »

Deux des agresseurs impliqués dans l’attaque du 24 décembre ont été placés en garde à vue. L’un d’eux s’est rendu de lui-même aux policiers. Vu le tour que prennent les choses, il y a de fortes raisons de penser qu’il a préféré se placer sous la protection de la police et de la justice française…

Par Caroline Parmentier le 29/12/2015

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