Légion d'honneur 1

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma    connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Par Anne-Sophie Désir le 04/01/2016

Il y a des comparaisons que l’on aimerait éviter, des échelles de valeurs que l’on aimerait inverser. Et puis la honte qui se rajoute au déshonneur.

Et la République française, en ce début d’année, s’est distinguée, en distinguant vingt victimes du terrorisme dont quinze à titre posthume et en oubliant Aurélie Châtelain.

Morte pour rien, et morte une seconde fois. Oubliée de la République dont on nous rebat les oreilles avec ses valeurs dressées au rang d’idoles, ses égalités, ses fraternités…

Mais pas d’Aurélie Châtelain parmi les récipiendaires de la Légion d’honneur. Et pas d’honneur.

Aurélie Châtelain, en luttant avec son agresseur, Sid Ahmed Ghlam, a permis que celui-ci se tire une balle dans le pied et se fasse arrêter avant d’aller attaquer une église de Villejuif remplie de fidèles.

Une rencontre « pas de chance » pour la jeune femme et un acte de résistance au péril de sa vie, qu’elle a d’ailleurs laissée à Villejuif ce 19 avril 2015.

Alors, jouons sur les mots et surfons sur les distinguos.

La Légion d’honneur est faite pour distinguer les services rendus à la République et non pas pour rendre hommage. Admettons.

Cabu, Charb et Tignous ont été faits chevaliers de la Légion d’honneur à titre posthume, ainsi que la chroniqueuse Elsa Cayat, le correcteur de presse Mustapha Ourrad, le journaliste Michel Renaud, tous tués le 7 janvier dernier dans les locaux de Charlie Hebdo.

Idem, les otages de l’Hyper Cacher tués le 9 janvier, les lieutenants Franck Brinsolaro et Ahmed Merabet tués  le 7 janvier dernier et le brigadier Clarissa Jean-Philippe abattue les 8 janvier à Montrouge : tous nommés chevaliers de la Légion d’honneur à titre posthume.

Idem, cinq autres personnes intervenues lors de ces différents événements dramatiques survenus en 2015. L’otage des frères Kouachi à l’imprimerie de Dammartin-en-Goële, Michel Catalano, et son employé Lilian Lepère, caché sous un évier. Le conducteur du Thalys lors de l’attaque du 21 août dernier, le chef de bord et l’universitaire américain qui s’est interposé lors de cette même attaque. Tous nommés chevaliers de la Légion d’honneur.

La décence voudrait que l’on évite de hiérarchiser les morts. De ceux qui méritent que la République les honore et des recalés de chez Charlie.

La décence voudrait que l’on évite de penser que déjouer un carnage dans un Thalys c’est plus méritoire que d’éviter un massacre dans une église remplie de fidèles un dimanche.

Mais dans la petite ville du Nord, Caudry, d’où est originaire la jeune victime, maman d’une fillette de 5 ans, cette absence est indécente.

Elle relègue dans l’oubli une victime du terrorisme et du fanatisme islamique. Elle distingue les héros en fonction de leur caste ou de l’image médiatique à renvoyer, peut-être. Elle hiérarchise leurs victimes.

Et rajoutons à l’indécence le ridicule. La promotion 2016 de la Légion d’honneur a « distingué » Emmanuelle Béart l’actrice et Vanessa Paradis la chanteuse.

Pour Aurélie la danseuse, ce sera pour plus tard.