Hollande mai 2013

Tribune libre de Jean Goychman le 14/01/2016

Il ne nous reste plus que quinze mois à supporter celà. Il faut dire que rien ne nous est épargné en matière de communication pour nous faire comprendre la chance que nous avons d’avoir François Hollande à la Présidence de la République. Les médias, toutes technologies confondues, le rendent omniprésent. Ceux qui, comme moi, ont connu la grande époque où le quartier latin ne bruissait d’admiration envieuse que pour Mao et son « petit livre rouge » doivent quand même esquisser un petit sourire narquois.

Talleyrand disait : «Tout ce qui est excessif est insignifiant » Et de l’excès, nous en avons au quotidien, depuis plusieurs mois. Les médias saturent littéralement nos sens récepteurs en nous répétant « ad nauséam » par des passages en boucle ininterrompue les mêmes images qui contiennent les mêmes messages. Depuis près de deux mois, nous vivons sous l’empire médiatique des attentats. Il y a ceux qui viennent de se produire, dont, sous couvert d’information, on nous abreuve de détails plus ou moins importants concernant les auteurs, leurs origines, leur parcours, leurs habitudes et que sais-je encore. Il y a ceux qu’au bout d’un an on peut commémorer, à grands renforts de discours, de caméras, de rappels de manifestations. Enfin, il y a ceux qui peuvent, hélas, aussi se produire et contre lesquels il convient naturellement de se prémunir. Bref, vous l’avez compris, François Hollande entend conduire sa réélection sur une espèce de réunification du pays en utilisant comme agent fédérateur la peur inspirée par les attentats. Son petit cercle de conseillers en communication, (où peut-être lui-même, car il en a la capacité) a dû y voir une sorte d’opportunité arrivant à point nommé pour le remettre sur le devant de la scène médiatique.

Car tout cela, n’en doutons pas, va s’étaler dans le temps jusqu’à prochaine élection présidentielle. Nous rentrons dans un cycle d’évènements et de, commémorations dont le but est de nous laisser en permanence le message subliminal : « Hollande n’est ni de droite, ni de gauche et est le seul rassembleur des français » Il n’hésite d’ailleurs pas à nous servir un « remake » du « seul contre tous » avec le faux débat sur la déchéance de nationalité qui mériterait un article à lui seul. Je vais d’ailleurs y réfléchir. Et pendant ce temps-là, la vente continueMais elle se fait à notre insu. Les choses sont ainsi faites que lorsqu’on focalise les projecteurs de l’actualité sur un seul sujet, le reste des évènements est maintenu dans l’ombre.

Et ce ne sont pourtant pas les sujets préoccupants qui manquent. Seulement, ils ne concourent pas à l’objectif unique défini par les « faiseurs d’opinion » qui est de circonscrire tout débat national à la prochaine élection présidentielle. En prenant un peu de recul, il est sidérant de voir que le décor et les personnages de la pièce qui va se jouer sont déjà en place et que les répétitions vont commencer. Car, à les entendre, les jeux sont faits et, tels les matches de catch de mon enfance, les résultats sont connus avant même que la partie ne débute.

Quelle outrecuidance ! Cela revient à dire que l’opinion des électeurs le jour du vote n’a aucune importance.

Il est quasi-universellement admis que Marine Le Pen sera une des finalistes, mais qu’il est évident qu’elle sera battue par le survivant des deux autres protagonistes qui seront nécessairement issus d’un trio formé par François Hollande, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy.

Je les place par ordre alphabétique pour ne pas me voir accuser de favoritisme. Ainsi donc, la « mère de toutes les batailles » ne sera pas le second tour de l’élection présidentielle, et peut-être même pas le premier tour non plus. En réalité, à les entendre, la seule interrogation qui subsiste est celle du vainqueur des primaires de ce qu’il est convenu d’appeler la droite, car on ne sait plus comment la désigner autrement. Heureusement, de ce strict point de vue, ils n’ont pas ce problème à gauche, du moins pas encore

Revenons donc à l’acte 2. Sarkozy ou Juppé ? Voici la question lancinante que tout ce petit monde se pose, mais à laquelle personne ne se hasarde à répondre. Après tout, on peut le comprendre, ni l’un ni l’autre n’ayant la réputation d’avoir une mémoire « défaillante »

Cela a un petit air de « déjà vu » souvenez-vous, en 1994, le 11 décembre, lorsque Jacques Delors, ultra favori dans les sondages, avait renoncé à se présenter à l’élection de 1995. Il avait justifié sa décision par une absence de majorité qui ne lui permettrait pas de mettre en œuvre la politique qu’il aurait voulu suivre. La suite est connue de tous. C’est celui donné perdant par tous, Jacques Chirac, qui a pourtant été élu.

Mais voilà, les temps ont changé, les hommes politiques aussi. Entre un Delors qui voyait au-delà de l’élection et un Hollande qui envisage sans vergogne de créer autour de lui une sorte de majorité « virtuelle » uniquement pour se faire élire, tout en sachant parfaitement qu’après l’élection cette pseudo-majorité se disloquera, il y a toute la différence d’une génération qui croyait encore à l’engagement politique et la survie de la Nation et celle qui, considérant l’exercice du pouvoir comme une fin en soi, n’y croit plus.

Notez bien que le problème n’est pas propre à François Hollande et se posera dans les mêmes termes pour Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy. L’un ou l’autre ne pourront être qu’élus que grâce aux voix des électeurs ayant voté pour leur adversaire du premier tour.

Et c’est là le véritable problème qui se pose à notre pays. La constitution voulue par de Gaulle est morte avec le quinquennat, après avoir été anesthésiée par la « cohabitation » Pour pouvoir gouverner, il faut deux conditions simultanées ; Gagner l’élection présidentielle et obtenir une majorité à l’Assemblée Nationale. Or, personne aujourd’hui n’est réellement en passe de remplir ces conditions. La 4ème république pouvait vivre (difficilement) avec des coalitions plus ou moins hétéroclites mais la 5ème ne le peut pas.

Il ne subsiste alors que 2 voies possibles :

Une recomposition bipartite, abandonnant le clivage antique et dépassé « droite-gauche », et consacrant une nouvelle ligne de clivage entre les souverainistes et les mondialistes

Un changement profond, voire une réécriture de notre constitution avec de nouvelles institutions qui prendraient en compte une réalité « tripartite ». Ce serait alors au peuple français et à lui seul de se prononcer.

De toutes façons, nous serons fixés dans quinze mois. Hélas, beaucoup d’entre nous risquent de trouver ce temps très long…

Gilbert Collard