Marne et Florian Philippot

Les trois jours du séminaire des dirigeants de Front National, à compter de ce vendredi, dans l'Essonne, ont lieu à huis clos. Pourtant, ces trois jours-là compteront peut-être plus dans l'histoire du parti lepéniste que bien des congrès ou des ruptures familiales qui se sont joués en place publique.

Signalons déjà le caractère assez rare d'un tel travail d'introspection. Le nom, la politique économique, la question de l'euro, la place de Marine Le Pen, les alliances…: aucun sujet n'est tabou. Dans l'histoire récente, aucun parti ne s'est livré à un tel exercice de lucidité, du moins dans un cadre commun accepté par tous. Il y a une certaine ironie à voir que cette preuve de démocratie interne est donnée par un parti accusé par ses concurrents de ne pas appartenir au champ démocratique

Il est rare aussi de voir un parti accepter de travailler sur ses échecs plutôt que se vanter de ses succès. Dans la communication politique classique, le Front National aurait eu pourtant des raisons de pavoiser: un record de 6,8 millions d'électeurs au premier tour des régionales.

Que Marine Le Pen fasse le choix exactement inverse est révélateur de sa détermination à arriver au pouvoir. La patronne du FN ne veut pas se reposer sur ses lauriers du premier tour, elle veut regarder en face ses résultats du second tour. Décevants et inquiétants pour elle. Plus que le score lui-même - 45,5 % en Paca, 42,5 % dans le Nord tout de même -, c'est le constat que le Front National, en tant que parti, et sa présidente, en tant que personne, continuent à faire peur et à susciter du rejet. Porter le débat sur ce point, accepter les remises en cause, y compris personnelles, c'est de la part de Marine Le Pen dire: peu importe de progresser, seul compte de gagner.

Elle a certes toujours dit que son objectif était de gagner en 2017. Mais qui la croyait? La distance était trop grande pour que l'objectif soit autre chose qu'un effet de tribune destiné à stimuler les sympathisants.

Désormais, nul ne peut douter de sa volonté de s'en donner les moyens.

Un nouveau slogan, «La France apaisée»

Comment gagner? C'est donc l'objet du séminaire d'Étiolles. Il y a le travail sur l'image. D'où le nouveau slogan «La France apaisée». Il y a la question de l'ouverture à des personnes extérieures au FN comme ce fut le cas avec Gilbert Collard ou Robert Ménard. Mais les perspectives restent limitées. C'est donc sur le projet que les marges de manœuvre existent.

Autour de la question de l'euro, deux lignes semblent s'opposer. Une plus libérale, portée par Marion Maréchal-Le Pen, Louis Aliot ou Robert Ménard ; une plus souverainiste incarnée par Florian Philippot. Il serait excessif de faire de ce débat le clivage principal au FN. D'autant que jeudi, au Parlement européen, Marine Le Pen a une nouvelle fois pointé «l'effondrement de l'euro et de Schengen».

L'enjeu politique sous-jacent à ce débat est de savoir où sont les nouvelles marges de progression du FN: auprès de l'électorat de gauche, comme le prétend Philippot? Ou auprès de l'électorat de droite, comme l'assure le trio Maréchal-Le Pen-Aliot-Ménard. Sachant que le premier défi de Marine Le Pen est moins de gonfler son socle de premier tour - autour de 30 % - que de faciliter des reports au second.

Or, la réponse à cette question dépendra du nom de son adversaire: François Hollande ou le candidat des Républicains?

Par Guillaume Tabard le 04/02/2016

Le Figaro

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