PS en guerre

Une fois de plus, les textos entre socialistes marseillais et parisiens ont tourné ces derniers jours. Une fois de plus, ils n'ont été que messages de gestion de crise. Qu'ils soient de Manuel Valls ou de Jean-Christophe Cambadélis et de Christophe Borgel, secrétaire national aux fédérations, les SMS sont limpides. « Il faut arrêter ce cirque ridicule »; « Vous ne pouvez pas faire ce cadeau à Estrosi ». Au Sud, confusion, embarras, énervement, règlements de comptes, encore. Voilà près de cinq ans que le Parti socialiste des Bouches-du-Rhône, mis à découvert par les dénonciations du « système Guérini », après la tutelle inutile qui a suivi, les échecs électoraux en cascade et les guerres intestines, n'en finit plus de sombrer. Après la nouvelle défaite des régionales en décembre qui avait conduit Christophe Castaner, député alpin et leader régional, à se retirer pour « éviter de donner la victoire au Front National au second tour », le patron de la fédération des Bouches-du-Rhône Jean-David Ciot constatait amèrement la chute importante des adhérents et des moyens financiers.

Capharnaüm politique

Avec les siens, il vient de se replonger dans un incroyable capharnaüm politique. Premier épisode jeudi à l'occasion de la réélection de Jean-Claude Gaudin (LR) à la présidence de la métropole. Prêts à partager la gouvernance de cette nouvelle institution avec la droite en acceptant trois des vingt vice-présidences, les socialistes se déchirent la veille au soir. Derrière la sénatrice Samia Ghali et leurs ambitions pour la municipale de 2020, les élus marseillais considèrent soudainement qu'on « ne peut pas se battre contre Gaudin au conseil municipal le lundi et voter avec lui en souriant à la métropole le vendredi. Ce serait schizophrène. » Hors Marseille, le PS refuse pourtant de se « laisser enfermer dans une logique de conseil municipal. On doit dépasser les clivages et les caricatures », peste Jean-David Ciot, ranimant les querelles profondes pour le leadership dans le département. Il vote donc Gaudin pour la présidence, quand les socialistes marseillais présentent leur candidate. Retour de bâton quelques minutes plus tard, quand les trois vice-présidences promises tombent aux mains de candidats Les Républicains « spontanés »... Assis au deuxième rang, le maire d'Istres François Bernardini, ainsi patron des socialistes départementaux, observe la « déliquescence, cette volonté de choisir une trajectoire qui vous amène encore plus bas. J'ai presque honte d'avoir été avec eux. » À Paris, Manuel Valls s'agace déjà.

Conférence régionale

Le deuxième épisode a lieu entre jeudi et vendredi. Conscients de leur inconsistance, les socialistes des Bouches-du-Rhône tentent de reconstruire une façade commune devant leur maison en ruines. Ils ciblent la conférence régionale, cette assemblée consultative imaginée par Christian Estrosi (LR) pour donner un espace de parole à cette gauche qui n'a pu être élue au conseil régional.

Personne ne s'y était opposé, acceptant d'y participer sans se « faire d'illusions sur le pouvoir de décision ». Réuni à Vitrolles, le conseil fédéral vote le refus de cette conférence prévue pour avril. « La droite a démontré clairement son sectarisme et son refus de toute discussion constructive avec la gauche », souligne Jean-David Ciot. Mais la soudure entraîne la déchirure avec le parti, au niveau régional et national. « Ils se sont flingués les uns les autres à la métropole et maintenant prennent cette décision qui n'appartient qu'à eux, grogne Christophe Castaner. Je désignerai ceux qui voudront participer à la conférence régionale. S'il n'y a personne des Bouches-du-Rhône, tant pis. »

Les partenaires de l'UDE toussent aussi à l'image de Christophe Madrolle. « C'est une erreur de ne pas y aller. Ce serait cocufier deux fois nos électeurs. » Des électeurs perdus. « Ce qu'il nous faut, c'est une vraie reconstruction du parti », souffle le député marseillais Patrick Mennucci, dont la suppléante, Nassera Benmarnia, est prête à aller à la conférence régionale contre l'avis des siens. « Le problème, c'est que tous les jeux troubles ne font que conduire les électeurs vers le Front National », notait, lucide, Samia Ghali jeudi. Comme les autres, elle va devoir à nouveau s'asseoir à une table pour mettre fin au bazar. Sans doute à Paris, peut-être à Marseille dans les prochaines semaines. Une fois qu'il aura lancé son Alliance populaire, le 14 avril, Jean-Christophe Cambadélis compte faire du Vieux-Port la première étape de sa tournée.

Par François Tonneau le 21/03/2016

Le Point