Police Douanes

La police étant mobilisée dans les gares et aéroports depuis les attentats de Bruxelles, le dispositif se trouve dégarni aux frontières. Au pire moment.

Plus de 3500 clandestins détectés dans les Alpes-Maritimes depuis le 1er janvier. Le flux a augmenté de plus de 60 % ces dernières semaines!

«C'est un phénomène sans précédent pour une période considérée d'ordinaire comme creuse», assure Laurent Laubry, le responsable du syndicat de police Alliance-CFE-CGC dans les Alpes-Maritimes. Les gendarmes aussi constatent qu'il se passe quelque chose dans ce département. En une seule nuit, le 25 mars, ceux de Menton ont appréhendé une trentaine de migrants. Principalement d'origine érythréenne, ceux-là avaient été conduits dans la vallée de la Roya, via un tunnel. «Quarante interpellations par jour, c'est la moyenne actuellement dans la région. Or, tous les migrants ne sont pas détectés. On suspecte notamment beaucoup de passages dans les zones de montagne», assure le brigadier-chef Laubry.

À l'entendre, «il y a tellement d'argent à se faire avec ce sinistre trafic d'êtres humains que, dès qu'un passeur tombe dans une opération de police, il s'en trouve un autre pour le remplacer». Prix pratiqué pour un périple de quelques kilomètres seulement, sous bâche ou dans une remorque: 100 euros par clandestin. Les accompagnateurs d'un jour sont français, italiens, africains, maghrébins.

Ce que les forces de l'ordre redoutaient depuis plusieurs mois est donc en train de se produire. Car la pression qui grimpe sur les côtes italiennes, où les norias des boat people se poursuivent malgré l'hiver, a bel et bien des répercussions sur la Côte d'Azur. Il y a la route du canal de Sicile, où les autorités italiennes arraisonnent de plus en plus de bateaux bondés de malheureux. Mais la fermeture de la route des Balkans laisse présager un autre flux dans les semaines à venir, via l'Albanie et le canal d'Otrante. Pour l'heure, les chiffres du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) sont éloquents: déjà plus de 18.000 entrées entre la Sicile et Lampedusa depuis le début l'année).

Depuis Paris, l'on croyait que les annonces sur le renforcement des moyens policiers à la frontière franco-italienne allaient dissuader les réseaux criminels. Mais voilà: les forces mobiles dépêchées par le ministère de l'Intérieur pour resserrer les contrôles dans le secteur de Menton ont fondu comme neige au soleil. Au lendemain des attentats du 22 mars à Bruxelles, ce qu'il en restait a été entièrement redéployé dans les gares et les aéroports, à Nice notamment. «De quatre unités de forces mobiles aux frontières, nous sommes passés à zéro!», déplore Laurent Laubry. La Place Beauvau se trouve ainsi aux prises avec deux crises majeures: l'explosion des flux migratoires et la menace terroriste. Et ce n'est pas le mouvement lycéen rampant qui risque de redonner de la souplesse dans l'emploi des unités mobiles, tant il absorbe d'effectifs partout dans l'Hexagone.

Le président les Républicains du conseil départemental des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, en appelle, pour sa part, à Bernard Cazeneuve: «La récente explosion de flux migratoire dans le secteur de Nice démontre la nécessité d'un contrôle frontalier draconien entre la France et l'Italie. D'autant plus strict que les frontières extérieures de l'Union européenne se révèlent totalement poreuses.»

Selon lui, «en Italie, nombre de migrants en transit attendent la fin de l'hiver pour reprendre leur marche vers le nord».

La PAF des Alpes-Maritimes compte désormais 250 fonctionnaires, celle de Menton près d'une centaine. «Même si les effectifs locaux ont grimpé, cela ne compensera jamais les besoins nés d'un flux migratoire qui a été multiplié par six depuis 2013!», nuance toutefois un commissaire de police de la région. Lui estime que «le travail avec les Italiens s'est quand même amélioré, ces derniers mois».

Le temps où Rome refusait les réadmissions en Italie est révolu. Mais côté français, la police locale met en garde: «Sans les renforts des forces mobiles dépêchés par Paris, nous n'y arriverons pas.»

Surtout si l'on considère ce qui se profile avec le retour des beaux jours en Méditerranée.

Par Jean-Marc Leclerc le 04/04/2016

Le Figaro