Macron

Un site internet, un compte Twitter, une page Facebook et un compte instagram. Un clip de lancement aussi, le tout dévoilé peu après 20 h 00 sur les écrans géants du centre expo MégaCité d'Amiens. Emmanuel Macron se met "En marche !", a-t-il dévoilé lors d'une "rencontre citoyenne" à huis clos - mais retransmise sur Dailymotion. Et cette marche sera donc interactive, particpative et transpartisane. Le ministre de l'Economie, comme à son habitude debout sur scène, micro en main, reprenant les codes du stand up à l'américaine, a d'abord délivré le discours qu'on lui connaît, sur la nécessité de savoir reprendre des risques dans un pays qui rêve de "changement". Service après-vente de la loi El-Khomri pour réformer le code du travail, importance du lien franco-allemand, capacité à "regarder le monde tel qu'il est"... Tout y est passé.

C'est en conclusion de cette séance de questions-réponses, à 20 h 00 pétantes, qu'Emmanuel Macron, 38 ans, a posé la première pierre du reste de sa vie politique. "Je voulais le faire à Amiens, ce n'est pas innocent, c'est là que je suis né...", a-t-il démarré avant d'annoncer la création de ce "mouvement politique et citoyen" : "En marche !" - initiative dont il aurait informé François Hollande.

Malgré un nom qui laisse ouvert tous les possibles pour 2017, Macron, ambitieux mais loyal, évacue toute question sur une éventuelle candidature, sur l'air de : "les idées d'abord". En réalité, il ne s'autorisera pas à trahir le chef de l'Etat, à qui il doit tant. Il se prépare en revanche au cas où ce dernier serait empêché.

"Refonder par le bas"

Pour jusitifer son engagement, le ministre de l'Economie a dressé un "constat" désolant sur "le mal-être terrible" d'un pays qui a "envie de changement". "Il faudrait que ça bouge, essayer d'aller plus loin, oser en finir avec l'immobilisme. Ca ne date pas d'hier, c'est le mal français." Il faut faire un effort pour se souvenir que celui qui parle est arrivé à l'Elysée dans les bagages de François Hollande en mai 2012, qu'il fut son secrétaire général adjoint à l'Elysée pendant deux ans, et qu'il est depuis août 2014 ministre de l'Economie.

Cela veut dire en réalité que le patron de Bercy souhaite aller plus loin que le couple exécutif dans le dévérouillage de la société : "Je veux refonder par le bas, de manière sincère, authentique, en vrai", dit-il. Emmanuel Macron est allé plusieurs fois à l'encontre de l'orthodoxie socialiste, que ce soit en critiquant les 35 heures, le statut d'élu, en incitant les jeunes à vouloir devenir milliardaire ou en voulant remettre en cause le statut privilégié des la fonction publique. Il  a annoncé logiquement que son mouvement ne serait "ni de droite, ni de gauche", que les militants PS comme Les Républicains seraient les bienvenus.

Par Charlotte Chaffanjon le 06/04/2016

Le Point