Atkinson Le Pen

La présidente du Front National ira soutenir Janice Atkinson, vice-présidente du groupe européen des nations et des libertés (ENL), dans sa campagne locale en faveur du Brexit.

Plus l'échéance du référendum britannique approche, plus les souverainistes français ont le sentiment que le résultat sera un accélérateur de l'histoire.

Marine Le Pen, présidente du Front National et coprésidente du groupe européen des nations et des libertés (ENL), soutient avec force le Brexit. Elle croit que les Anglais voteront majoritairement en faveur d'une sortie de l'Union européenne. À deux mois du scrutin, non seulement elle y croit mais elle compte bien apporter sa pierre à l'édifice. Elle se rendra prochainement à Londres pour soutenir Janice Atkinson, vice-présidente de l'ENL, dans sa campagne locale en faveur du Brexit. Elle envisage même de lui soumettre l'affiche frontiste de la campagne contre le référendum de 2005, «La princesse et le crapaud», inspirée du conte de Grimm.

«Cela prouvera qu'il est possible de vivre hors de l'Union européenne. On est libre ou on ne l'est pas», martèle Marine Le Pen, pour qui tout le monde, en Europe, a «intérêt» à ce que ce débat s'impose en Grande-Bretagne, où, selon elle la «stratégie de la terreur» conduite par les pro-UE ne fonctionnera plus.

Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF), ne cache pas le même optimisme. «J'attends que les Anglais fassent le geste salvateur pour l'Europe, adoptent le Brexit pour remettre l'Europe d'aplomb et obliger tous les Européens à regarder la réalité en face.» Pour lui, la «réalité» est la transformation en «cauchemar» du «rêve post-national d'une fusion des nations sans frontières». L'issue de ce référendum lui semble écrite. Lui non plus n'a aucun doute sur l'expression d'une majorité en faveur d'une sortie de l'UE. «Chaque fois que l'on a consulté les peuples sur l'Europe, depuis Maastricht en 1992, la réponse a toujours été la même», souligne-t-il.

Les souverainistes français croient que ce Brexit, qu'ils attendent avec impatience, marquera un virage dans l'histoire de l'Europe. Ils l'anticipent comme un signe fort d'une «dissolution» de l'UE et de la «dislocation» de l'attelage européen. D'ailleurs, Villiers attend un impact direct du Brexit sur un éventuel «Franxit». «Ce sera l'une des questions de la présidentielle», promet-il.

Pour Jean-Pierre Chevènement, il convient, au nom du respect de la souveraineté britannique, de ne pas interférer dans ce débat.

Mardi matin, au Quai d'Orsay, il a écouté une conférence de Sylvie Bermann, ambassadrice de France à Londres. «Toutes les raisons qu'ont les Britanniques de ne pas quitter l'Union européenne ont été dites», fait observer, avec réserve, l'ancien ministre, en notant qu'ils sont «déjà» hors de l'euro, hors de Schengen et contre l'idée d'une Europe de la défense. Mais Jean-Pierre Chevènement voit surtout une valeur de «symbole» dans cette éventuelle sortie de l'UE. «Cela serait plutôt une affirmation nationale consistant à dire que l'avenir de la Grande-Bretagne n'est pas dans la construction européenne», confie Chevènement, avant d'ajouter: «Les passions joueront un rôle plus important que les raisonnements dans cette décision.» Au Mouvement républicain et citoyen, l'ancien parti de Jean-Pierre Chevènement, Bastien Faudot avance un pronostic «à 50/50» mais selon lui, les dynamiques du type Brexit sont aujourd'hui «très puissantes» partout en Europe. Pour le candidat du MRC à la présidentielle de 2017, les peuples européens sont «de moins en moins sensibles aux chantages» des «idéologues» auxquels ils ont été «soumis» de Maastricht au référendum français de 2005. Il pense également que la «tentation» de faire passer les «eurosceptiques pour des archaïques» aboutira finalement à «solidifier» davantage la défiance des «incompris» européens.

L'autre espace souverainiste où la perspective d'un Brexit suscite un fort enthousiasme est le parti de Nicolas Dupont-Aignan. «C'est une chance historique», se félicite le président de Debout la France, en vantant le «sens de la liberté» du Royaume-Uni. En juin, il se rendra une nouvelle fois à Londres pour soutenir son allié Nigel Farage, leader du parti souverainiste Ukip. Avec un slogan tout prêt à clamer dans les rues de la capitale britannique: «L'UE est morte, vive l'Europe!»

Par Emmanuel Galiero le 20/04/2016

Le Figaro