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En tournée régionale, Nicolas Bay, secrétaire général du FN, promet à Bordeaux «une année de labeur et de travail acharné».

Bordeaux, un soir d'avril, à douze mois de la présidentielle. Plusieurs dizaines de responsables régionaux du Front National attendent Nicolas Bay dans un grand hôtel, cours Saint-Louis. En ces terres juppéistes, la visite du secrétaire général du Front National s'inscrit dans le cadre d'une grande tournée des régions. Nanterre, Dijon, Arras, Nancy, Bordeaux… Jusqu'au mois de juin, le député européen enchaîne les visites. Il porte l'exigence de la direction: tout le monde doit s'impliquer activement dans la préparation des élections présidentielle et législatives. La nouvelle méthode de désignation des candidats à la députation est résumée en une formule: «Ce sera une année de labeur, de travail acharné.»

Quand Jacques Colombier, conseiller municipal bordelais et secrétaire départemental du FN Gironde, promet de «régionaliser» le programme frontiste en s'appuyant sur les 29 élus régionaux,Nicola s Bay encourage les troupes: «Vous êtes les fers de lance du parti!» Mais le porte-parole de Marine Le Pen n'est pas venu uniquement pour les louanges. Rompu à l'exercice, il pilote une séance d'explication des nouvelles règles concernant les investitures.

Timothée Houssin, son adjoint aux fédérations, dévoile la mécanique. Pour faire émerger les «potentiels députés», le FN a instauré une phase de «préinvestitures». Elles devront être définies avant l'été. Ensuite, les préinvestis auront jusqu'à l'hiver pour faire leurs preuves. Ne pas «satisfaire des vanités», ne pas céder aux «chantages» de ceux qui menacent de «claquer la porte», bien connaître sa circonscription, être capables de mobiliser les précieux «relais d'opinion» que sont les maires, les commerçants ou les institutionnels, savoir s'exprimer en public… «Il faut faire de la micro-campagne avec une communication ciblée», insiste le bras droit de Nicolas Bay, en invitant les cadres à anticiper leur communication en fonction des problématiques et des sociologies locales. Il leur demande aussi d'être attentifs à la «stabilité politique et psychologique» des postulants.

Garantir la qualité

La commission nationale d'investiture (CNI) reste souveraine dans ses choix. Le parti peut annuler une candidature à tout moment, y compris durant la campagne. Mais les secrétaires départementaux peuvent fournir un avis. Au final, les candidats seront évalués selon plusieurs critères, de leur motivation à la qualité de leur travail sur le terrain (nombre d'adhésions, communiqués, tracts, réunions…).

Nicolas Bay vante le FN, «première force d'opposition régionale» en Nord-Pas-de-Calais et Paca. «Ce sont les antichambres de la victoire», promet-il. «C'est toujours bien que la tête se rapproche de la base», se réjouit Grégoire de Fournas, jeune viticulteur du Nord Médoc ayant atteint un record régional: 50,48 % de voix aux départementales en 2015. «La nouvelle méthode me semble bonne. Elle permettra de garantir la qualité», juge Jacques Colombier. Après vingt-quatre ans de mandats, le frontiste estime que cette nouvelle exigence secouera ceux qui avaient l'habitude de se reposer sur leurs lauriers.

«Il est important de montrer que notre mouvement se professionnalise, qu'il n'envoie pas aux élections n'importe qui, n'importe où», apprécie l'ingénieur en aéronautique Gonzague Malherbe, 27 ans, conseiller régional et conseiller municipal à Libourne. Cette réunion lui paraît prometteuse et malgré le résultat «rageant» du FN aux régionales, il semble convaincu du sens des prochains combats. «Ce qui ne passe pas cette fois, passera la prochaine fois. Il est évident que nous parviendrons au pouvoir», jure-t-il. Puis il ajoute, entre impatience et philosophie: «Le désespoir en politique est une sottise

Par Emmanuel Galiero le 22/04/2016

Le Figaro