Chef Sioux

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma    connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.
 
 
Par Marie Delarue le 12/05/2016

Dans les films de cow-boys et d’Indiens de mon enfance, on voyait le chef sioux faire la danse de la pluie autour du feu. Sautant d’un pied sur l’autre, il se frappait la bouche au rythme des trépidations, lançant des hou-hou vers le ciel avant qu’un nuage crève et arrose ses plumes de grand manitou. Les méchants Indiens sont devenus gentils ; quant aux cow-boys, la réalité a montré qu’ils étaient toujours aussi… (voir, hier, les Bush du Texas, et imaginez Trump demain avec un Stetson et des santiags…).

Bref, si nous ne lançons plus des hou-hou autour du tipi, nous n’en avons pas pour autant abandonné les cérémonies « propitiatoires », comme disent les ethnologues. Il apparaît même que plus les églises se vident, plus nous organisons de grand-messes.

Rappelez-vous : du temps où chaque JT du service public se terminait par « Nous ne les oublions pas », on organisait dans Paris des randonnées à rollers pour nos otages. On tournait en rond sur le parvis de l’hôtel de ville devant le portrait de Georges Malbruno, on s’écorchait les genoux pour Florence Aubenas : la République des gadins ne vous oubliera pas…

Et puis les barbus ne se sont plus contentés d’enlever des otages et de rigoler en nous regardant randonner à roulettes. Ils sont passés à l’action ici, et nous avons remonté nos manches. Les politiques l’ont dit : « Nous sommes en guerre. » On va voir ce qu’on va voir ! En avant, citoyens, souvenez-vous des poilus de la Grande Guerre ! Luttons contre le terrorisme !

Concrètement ? Concrètement, la danse a repris autour du grand tipi. En ce moment, c’est la statue de la République qui en tient lieu : on la décore, on la couvre de bougies allumées, on y accroche les ex-voto et les couronnes de fleurs. Mais les fleurs fanent et les bougies s’éteignent… alors a germé dans l’esprit de nos puissants une grand idée, celle d’une cérémonie belle et généreuse, lourde de symboles.

C’est ainsi que madame Hidalgo, maire de Paris, et les ambassadeurs des 28 États membres de l’Union européenne ont planté lundi soir, dans le parc de la Cité universitaire internationale de Paris, « 28 arbres contre le terrorisme ».
Chacun sa petite pelle, chacun son petit pied de verdure « afin de rendre hommage aux victimes et de défendre des valeurs fondamentales de liberté, d’humanisme, de tolérance, de mixité, de démocratie et de solidarité européenne ». Ben tiens.

Pour mémoire : jouant déjà les chamanes, la même Anne Hidalgo assistée de François Hollande a planté, le 5 janvier dernier, un beau « chêne du souvenir » place de la République. Cela afin de rendre hommage, déjà, aux victimes du terrorisme et « de défendre des valeurs fondamentales de liberté, d’humanisme », etc., et bla-bla-bla.

Je n’ose même pas vous dire à quoi il ressemble quatre mois plus tard, après quelques semaines de chienlit « nuitdeboutesque ».

À trop vouloir convoquer les esprits, il faut se méfier : celui « de janvier » s’est vengé.