VL Police en feu Paris

En marge du rassemblement de fonctionnaires de police contre la «haine anti-flic», une Renault Scénic de la police a été prise d'assaut par une quinzaine de contre-manifestants.

La scène, digne d'un théâtre de guerre civile bien qu'elle se déroule en plein Paris, pourrait devenir le symbole de l'indicible violence qui vise les forces de l'ordre. Mercredi, au moment même où plusieurs centaines de fonctionnaires se rassemblaient place de la République pour dénoncer la «haine anti-flic» en marge des manifestations contre la loi travail, une Renault Scénic de la police a été prise d'assaut par une quinzaine de contre-manifestants croisés par hasard non loin quai de Valmy. Très déterminés, les casseurs ont encerclé le véhicule et se sont mis à frapper la carrosserie à coups de barres de fer. Pris d'une furie aveugle, ils ont tenté d'extraire de l'habitacle deux policiers, un adjoint de sécurité et une femme gardien de la paix affectés à la compagnie du périphérique de la direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC). Faute d'y parvenir, les émeutiers n'ont pas hésité à balancer un cocktail Molotov à travers la lunette arrière brisée. Les policiers n'ont eu le temps que de s'extirper en urgence avant que leur voiture de patrouille ne s'embrase.

L'adjoint de sécurité a été conduit à l'hôpital pour des examens complémentaires tandis que sa collègue souffre de contusions. Les pompiers ont éteint le véhicule sous les yeux de badauds éberlués. À quelques mètres de la carcasse carbonisée, une pancarte en carton a été découverte sur le sol avec cette mention: «Poulets rôtis, prix libre». Le préfet de police a condamné «très fermement l'action violente dirigée à l'encontre» des deux policiers, ajoutant qu'ils «n'ont pu s'échapper que dans des conditions extrêmes face à une agression d'une grande brutalité». Sans attendre, le parquet a ouvert une enquête pour tentative d'homicide volontaire. Les auteurs, activement recherchés, font a priori partie de quelque 300 fauteurs de troubles qui s'étaient rassemblés peu avant midi place de la République pour défier une fois encore les services de sécurité et les policiers en colère. Aux cris de «flics, porcs, assassins», «tout le monde déteste la police» ou encore «que fait la police? Ça crève les yeux» en allusion aux tirs blessant de Flash-Ball, ils ont été contenus par un solide cordon de gendarmes mobiles. Quatre suspects ont été appréhendés pour port d'arme prohibée ou outrages.

À la manière d'un sinistre rituel, ce manège se répète à chaque manifestation contre la loi travail. Par dizaines, ceux que les experts du maintien de l'ordre nomment volontiers des «éléments incontrôlés» se regroupent à proximité des rassemblements, parfois avant même que s'ébranlent les cortèges. Vêtus de noir, ils se déploient tel un drapeau pirate avant de passer à l'action. Le visage dissimulé par des lunettes de ski ou de plongée, des capuches ou encore les masques blancs des Anonymous, ils sont porteurs d'un attirail d'émeutiers de plus en plus dangereux où se mêlent des harpons de pêche et même des boules de pétanque sur lesquels des lames de couteau sont soudées. Issus notamment des mouvances libertaires et anarcho-autonomes, soit environ un millier de membres à travers le pays selon les services de renseignement, ces nihilistes seraient rejoints par des Black Blocs venus de Belgique ou encore d'Allemagne pour se greffer au mouvement hostile à la loi El Khomri, comme ils l'avaient fait récemment lors de la COP21.

Interdictions provisoires de séjour

Décidé à passer à l'offensive, Bernard Cazeneuve a déjà signifié 48 interdictions provisoires de séjour. À Paris, elles ont visé des militants considérés par la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) comme proches du collectif antifasciste Paris banlieue (Afa) et du Mouvement interluttes indépendant (Mili), créé à l'automne 2013 en soutien à la jeune collégienne rom expulsée Léonarda et qui, après la mort accidentelle de Rémi Fraisse victime d'une grenade lancée par un gendarme, considère que «l'État tue et mutile».

Depuis le début des manifestations, les forces de l'ordre ont au total interpellé 1300 vandales à travers la France et placé en garde à vue plus de 800 d'entre eux. Sans pouvoir, pour l'heure, parvenir à casser la dynamique des violences qui étreint le pays.

Par Christophe Cornevin le 18/05/2016

Le Figaro