Meloni Raggi

Quinze millions d'Italiens sont appelés dimanche aux urnes pour le premier tour des élections municipales dans treize mille communes. Le second tour aura lieu le 19 juin. Mais c'est Rome qui monopolise toutes les attentions, car la capitale est le laboratoire des nouveaux rapports de force politique dans la péninsule.
Tous les sondages placent Virginia Raggi, la candidate du Mouvement 5 étoiles (M5S), en tête. Une victoire dans la ville éternelle offrirait une formidable vitrine nationale au mouvement fondé par le comique populiste Beppe Grillo. Trente-sept ans, brune et élégante, mère d'un petit garçon, Virginia Raggi est avocate. Elle a travaillé dans le cabinet de Cesare Previti, avocat et ancien ministre de Silvio Berlusconi. Un détail qu'elle avait omis de signaler dans son CV. Mais elle a également travaillé avec des associations caritatives de gauche. Elle confirme que la grille de lecture gauche-droite ne s'applique pas au M5S.

Bien que faisant campagne sur « la pourriture des partis traditionnels », elle n'a pas les outrances verbales de certains responsables de son mouvement. Elle appartient au courant le plus orthodoxe de M5S, celui des élus fidèles au gourou Gianroberto Casaleggio, décédé en avril dernier, et qui obéissent aujourd'hui à son fils Davide Casaleggio. Un fonctionnement plus proche de celui d'une secte que d'un parti politique. Durant la campagne, Virginia Raggi n'est pas allée au-delà de lieux communs : « Ouvrir la mairie aux citoyens, priorité aux transports publics, agir dans l'intérêt de la collectivité... » Mais le rejet des autres partis est tel que cela a suffi à la placer en tête.

Une possible gifle pour Matteo Renzi

Un rejet qui pèse sur Roberto Giachetti, le candidat du Parti démocrate (PD), qui est donné second. Giachetti paye le prix du scandale Mafia Capitale, dans lequel certains membres de son parti étaient compromis, et le pathétique mandat du dernier maire PD, Ignazio Marino, obligé de démissionner en raison de son incompétence. Ancien membre du Parti radical, promoteur des droits civiques, soutenu par Matteo Renzi, Roberto Giachetti représente une rupture avec ce passé. Mais son absence de charisme n'a pas réveillé le peuple de gauche, qui préfère s'éparpiller sur les candidatures marginales plus extrémistes. Si Giachetti n'arrivait pas au second tour, ce serait une gifle pour Matteo Renzi.

Un scénario possible au vu de la montée dans les sondages de Giorgia Meloni. Bien qu'âgée de seulement 39 ans, cette femme, qui attend actuellement un enfant, est une figure de l'extrême droite romaine. Née dans le quartier populaire de la Garbatella, elle avait fondé à 15 ans la section jeune du MSI, le parti néofasciste des nostalgiques de Mussolini. Giorgia Meloni est également soutenue par la Ligue du Nord. Elle représente l'émergence en Italie d'un front de droite radicale qui s'inspire du Front National et aspire à s'imposer comme seule alternative à Matteo Renzi.

Enfin, soutenu par Silvio Berlusconi, Alfio Marchini est le quatrième prétendant. Fils d'un riche promoteur communiste romain, ancien joueur de polo, Marchini s'était présenté comme indépendant. Silvio Berlusconi ne l'avait adoubé que parce que son candidat initial, Guido Bertolaso, avait multiplié les gaffes. Mais ce soutien n'a pas porté chance à Alfio Marchini, qui reste en queue de tous les sondages, confirmation du crépuscule politique de l'ex-Cavaliere.

Une campagne marquée par la discrétion de Matteo Renzi, qui redoutait d'y recevoir davantage de coups que de lauriers. Son horizon électoral est le référendum sur les réformes constitutionnelles du mois d'octobre, sur lequel il joue son avenir politique.

Le 04/06/2016

Le Point