Sarkozy 5

Boulevard Voltaire

Par Gabriel Robin, SG du CLIC le 09/06/2016

« Tu as de la chance, Philippe, tu aimes la France, son histoire, ses paysages. Moi, tout cela me laisse froid. Je ne m’intéresse qu’à l’avenir. » Qui a prononcé cette phrase ? Nicolas Sarkozy face à Philippe de Villiers en 1999, après des élections européennes qui furent un échec fondateur pour le Neuilléen
 
Dire que Nicolas Sarkozy n’a guère fait preuve de constance durant sa carrière politique, en dehors d’une fidélité sans faille à son ambition personnelle, relèverait de l’euphémisme. Personnage picaresque de la vie politique française, l’homme se réinvente sans cesse au gré de retours dont les scénarios sont minutieusement préparés. Nicolas Sarkozy a compris, mieux que personne, que la société du spectacle demande qu’on lui raconte des histoires. Il incarne, en conséquence, des personnages archétypiques du répertoire masculin allant de Rocky à Gavroche, en passant par Henri de Lagardère ou le comte de Monte-Cristo.
 
Un jour libéral, le lendemain protectionniste. Aujourd’hui identitaire, hier cosmopolite, avant-hier identitaire. Il est difficile de suivre Nicolas Sarkozy sur le plan des idées, tant celles-ci varient selon les sondages et les avis de ses conseillers du moment. En 2007, Patrick Buisson tentait de transformer Nicolas Sarkozy en César, ressourcé en sa colline inspirée, multipliant des discours symboliques renvoyant à une mystique patriotique longtemps honnie en France. Nicolas Sarkozy y a-t-il cru une seule seconde ? Peut-être dans le feu de l’action. Jamais sincèrement.
 
Mercredi 8 juin, à Lille devant ses fidèles, Nicolas Sarkozy prononçait un discours « fondateur » sur les « valeurs », vantant « l’amour charnel de la patrie », fustigeant les « progressistes », critiquant durement l’« immigration massive » et le « communautarisme ». Son bilan contredit, pourtant, toutes ses déclarations enflammées, auxquelles il n’a probablement rien compris.
 
En effet, Nicolas Sarkozy ne fut-il pas président de la République entre 2007 et 2012, période qui a vu le nombre d’immigrés légaux augmenter de plus de 200.000 individus par an ? N’est-ce pas aussi Nicolas Sarkozy qui a créé le Conseil français du culte musulman, sans exiger de contreparties en retour et en plaçant les salafistes de l’Union des organisations islamiques de France au cœur du dispositif ? Ce même Nicolas Sarkozy qui a introduit le thème de la discrimination dite positive dans la vie politique française ? Qui a supprimé la double peine, nous empêchant aujourd’hui d’expulser les criminels étrangers ? Qui a toujours entretenu des liens étranges avec le Qatar, pays qui est soupçonné de financer le djihadisme mondial ? Qui a provoqué la guerre de Libye, cause directe de la crise migratoire actuelle ?
 
Nicolas Sarkozy se fiche éperdument de l’identité historique de la France. Il se dit, d’ailleurs, qu’il ne souhaitait pas faire campagne sur ce thème mais qu’il s’y est senti obligé pour se démarquer de son concurrent, Alain Juppé. En 2014, Nicolas Sarkozy estimait que les présidentielles se joueraient au « centre ». Pourquoi un tel revirement ? Par pur opportunisme électoral. Tout simplement. Il sait qu’il n’a plus que cette solution pour gagner les primaires et prend le risque d’apparaître une nouvelle fois versatile.

Nicolas Sarkozy est un mondialiste pur sucre. Il est favorable à la désintégration de la France dans le grand tout uniformisant. Pire : il y a contribué et continuera à y contribuer. Il n’a pas plus de considérations pour notre souveraineté politique et nos institutions qu’il n’en a pour la France charnelle. Ne vous laissez pas prendre au piège de cet acteur.