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Tout le monde avait oublié que, lors du dernier remaniement, le gouvernement Valls s’était doté d’un baroque Secrétariat d’Etat à l’égalité réelle, toute la nouveauté étant dans ce dernier adjectif. Jusqu’ici, nous n’avions donc qu’une égalité fictive, chimérique, illusoire, laquelle s’inscrit pourtant sur la façade de nos monuments publics, coincée entre la liberté et la fraternité, mais, hélas ! privée de réalité. Rares sont ceux qui se souviennent du titulaire de ce maroquin novateur, à part sa proche famille et son coiffeur, il s’agit de Mme Ericka Bareigts. Laquelle est une personne « perçue comme non blanche » selon la terminologie désormais officielle. Car, puisque les races sont un mythe – le chef de l’Etat veut purger la constitution de ce mot – mais que, néanmoins, il convient de lutter contre le racisme, il a bien fallu trouver un autre concept, quoiqu’il aboutisse à ce paradoxe : seul le « Blanc » existe, puisque c’est à partir de lui que l’on juge de la diversité dans nos médias.

C’est le problème de Mme Bareigts : il n’y a pas assez de personnes perçues comme non blanches sur nos chaînes de télévision. Elle entend y remédier à la faveur du vote de la loi « Egalité (réelle ?) et citoyenneté », en cours de discussion à l’Assemblée nationale. Certes, depuis 1986, le CSA doit veiller à la représentation de la « diversité » à l’écran, mais il n’a que la possibilité d’inciter. C’est à cela que notre secrétaire à l’Egalité réelle veut mettre fin en accordant au CSA le pouvoir d’imposer aux chaînes des personnes non blanches, sous peine de sanction. Ce n’est pas qu’elles soient absentes, mais elles ne sont pas assez valorisées : « Les médias ne montrent les non Blancs que dans des rôles négatifs ou secondaires. Il faut que cela change. Et pour cela, il faut rentrer dans le qualitatif des programmes et des émissions », dit-elle.

Mais comment concilier cela avec l’autre affirmation de notre sous-ministre : « Cette diversité, c’est la réalité de la société française, il faut la montrer » ? Car la réalité française, c’est que les PDG du CAC 40 « issus de la diversité » sont rares. Comment, alors, confier à des comédiens « non Blancs » des rôles de capitaines d’industrie, puisque cela ne refléterait pas cette diversité ?

On nous assure aussi que les « non Blancs » sont surreprésentés dans des rôles de trafiquants et de voyous, et pas seulement dans les reportages sur les prisons. Il faudrait donc, autoritairement, en diminuer le nombre et les remplacer par des individus perçus comme Blancs et même, pour qu’on ne s’y trompe pas, par des Français de souche, un tantinet fascisants serait un plus. Avis aux scénaristes sous haute surveillance…

Mme Bareigts néglige une diversité réellement oubliée de la télévision : les handicapés (perçus comme…). Parmi les présentateurs des journaux télévisés, il n’y a que des beaux gosses, de jolies et jeunes femmes, pas un paraplégique, un(e) obèse, aucun n’est en fauteuil roulant alors que, tous les jours, dans la « société française », comme dit le Secrétaire d’Etat, on les rencontre dans nos rues.

Qu’en pense le CSA ?

Par Guy Rouvrais le 02/07/2016

Présent via Novopress