Talamoni

Le président indépendantiste de l'Assemblée de Corse réserve un accueil musclé à Manuel Valls et ses ministres. Il établit une comparaison osée entre l'île de Beauté et le sort de l'Algérie colonisée.

Avant même de prononcer son discours face à une importante délégation du gouvernement, en visite ce lundi en Corse, le président indépendantiste de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni donne déjà le ton dans un entretien à L'Opinion. Habitué des petites phrases et des provocations, il se prépare à une solide confrontation sur les dossiers sensibles sur lesquels il n'entend rien lâcher. «En recherchant dans les archives les déclarations des membres de gouvernement quelques mois avant l'indépendance de l'Algérie, vous allez retrouver des réponses savoureuses, y compris des mots parfois prononcés devant la représentation nationale», assure-t-il en réaction à la déclaration du premier ministre qui affirmait en décembre dernier qu'il n'y avait qu'une seule nation, la nation française. Un parallèle audacieux avec le peuple algérien qu'il avait déjà amorcé en décembre sur BFMTV: «La Corse c'est comme l'Algérie», prétendait-il alors. «La nation corse existe! L'histoire des peuples enseigne que ce genre de propos n'a pas beaucoup d'importance», insiste-t-il aujourd'hui.

Depuis leur victoire aux élections régionales en décembre, Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, ont engagé un bras de fer avec Matignon et martèlent l'existence d'un «peuple corse». Selon eux, l'accession au pouvoir des nationalistes est l'affirmation forte d'une volonté des citoyens corses d'être reconnus comme une nation à part entière et non plus une simple entité administrative française. «La Corse est une nation, c'est difficile aujourd'hui de le nier!» affirme le président de l'Assemblée de Corse.

Au cœur de leurs revendications, l'amnistie pour ceux qu'ils considèrent comme des «prisonniers politiques» tient lieu de priorité, en particulier celle d'Yvan Colonna. Manuel Valls a pourtant déjà eu l'occasion de rappeler que cette notion n'existe pas en droit français. Le leader indépendantiste ne baisse pas les armes pour autant: «En Corse toutes les institutions réclament cette amnistie, elle est incontournable», explique-t-il dans L'Opinion. Il ne manque pas de rappeler sur Twitter que selon lui, le gouvernement n'a pas tenu parole concernant son engagement en 2004 sur le rapprochement des condamnés. Le maintien du dialogue apaisé entre Matignon et les autorités corses s'annonce délicat.

Par Laura Prat de Seabra le 04/07/2016

Le Figaro